Tunisie_2003

Lundi 17 Février 

Lyon-Tunis sans problème. A la sortie de l’aéroport, comme prévu, Bill, mon fils, qui est arrivé un peu plus tôt de Marseille, m’attend. Pas de lézard. Ça baigne. Je préfère. Taxi pour rejoindre l’hôtel qu’il a choisi, à cinquante mètres de la Porte de France, à l’intérieur de la médina. 

Un tour, de nuit. Evidemment, dans le dédale des rues et ruelles de la médina, difficile de trouver le restaurant du Routard qu’on cherchait. Des gens sympa proposent leur aide et un jeune nous y emmène. Plein de cordialité et de gentillesse chez les Tunisiens. Pas de chance, c’est jour de fermeture du restaurant ! Descente dans la ville moderne pour goûter notre premier brik. 

 

Mardi 18 

Notre hôtel est sommaire, pas de fioritures, mais propre, correct. L’avantage de sa situation, c’est que le matin, je pars assez tôt, seul, pour une balade dans la médina.

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Je remonte la rue de la Kasba jusqu’à la place du Gouvernement. Les gens sont certainement plus affairés que moi, mais sans précipitation, tranquilles. L’absence de voitures contribue sans doute à donner cette impression de calme, on entend les pas qui claquent sur les pavés, les saluts des gens qui se croisent, les conversations de ceux qui vont de concert. C’est l’heure de la rentrée des classes du matin. Comme chez nous, des mamans ou des papas accompagnent en tenant par la main leur petit jusqu’à l’entrée de l’école. Je vois la cour, là-bas, au-delà d’un porche et d’un large couloir et c’est bizarre d’entendre ces cris et ces rires dans un lieu qu’on n’imaginait pas, dans cette rue si étroite où une voiture passerait à peine et au milieu de ces maisons si serrées. 

Je croise un gamin, une dizaine d’années, en arrêt devant la devanture d’une boutique de vêtements. Le marchand est en train de faire son étal et, à l’aide d’une perche, il suspend sur le haut de son échoppe une panoplie de mini-strings. Très intéressé mais perplexe, mon petit Tunisien ! Cartable au dos, mains croisées juste au-dessous, il se demande si ces fanfreluches si économes en tissu sont bonnes pour sa maman. Plutôt pour sa grande sœur. 

Plein de gens qui vont au travail. Ils traversent la médina de part en part, venant des quartiers périphériques, l’attaquant par la place du Gouvernement pour en sortir à la porte de France, allant sans doute travailler dans la ville basse et moderne, ex-européenne ou européanisée. « Salam alikoum ! » lancent-ils souvent. 

Je rejoins Bill pour notre petit-déjeuner sur l’Avenue de France. 

Comme on l’avait remarqué déjà en 1996, la présence policière est visible et permanente. Pendant la demi-heure qu’on a passée sur la terrasse du Café l’Univers, deux voitures ont été emmenées à la fourrière. On se rappelle que la nôtre avait subi le même sort lors de notre première demi-heure tunisienne en février. 

Chacun a le TGV qu’il peut. Celui des Tunisiens est un TGM : Tunis, la Goulette, la Marsa. Il relie ces trois villes côtières du nord de Tunis et quelques autres. Pour l’heure, il nous emmène à Sidi Bou Saïd, bien beau village en bleu et blanc.

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Comme dans les îles grecques ? Non. Si le blanc reste toujours le blanc chaulé, le bleu n’a pas le même ton. Et plein de cloutages noirs sur les portes des maisons. Et des grilles souvent torsadées aux fenêtres, des moucharabiehs aussi. Premier thé à la menthe au célèbre Café des Nattes. Comme son nom l’indique, on s’assied sur des nattes, étalées à même le sol, après avoir ôté ses chaussures. 

Au retour, pour rejoindre le centre ville de Tunis, Bill nous fait prendre le métro, en fait un beau tram presque identique au nôtre. Premier couscous, bon mais trop conséquent pour mon petit appétit. 

Je ferai ma sieste somnolente dans le « louage » qui nous emmènera à Kairouan. Les louages, c’est vraiment un bon système. La gare, c’est une grande ou une petite place -tout dépend de l’importance de la ville-, tu annonces ta destination, on t’indique une voiture -de cinq à dix places-, et sitôt qu’elle est pleine, elle t’emmène où tu as décidé. Pas d’attente trop longue, pas de places inoccupées, pas de remplissage exagéré non plus, rentabilité et efficacité maximum. 

Paysage quasi ininterrompu de champs d’oliviers que j’entrevois, identiques à eux-mêmes, quand j’ouvre un œil. Taxi jusqu’à l’hôtel Sabra. On en fera grand usage, des taxis jaunes, nombreux et abordables, nous épargnant ainsi la peine de marcher en portant nos lourds sacs de routards.   

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Sortie nocturne dans Kairouan. Pratiquement pas un chat, sauf nous qui déambulons dans des rues vides et bien éclairées. Quand je pense que, chez nous, craignant de mauvaises rencontres, on a souvent la trouille de se promener de nuit dans nos villes pourtant surveillées et policées. 

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Au petit matin, seul, je vais me perdre dans les ruelles de la médina. Perdre au sens propre, d’ailleurs. J’en sors par une porte inconnue et ne sais si je dois partir à droite ou à gauche pour retrouver notre hôtel. Chance, j’ai pris le bon côté ! Mais auparavant, j’avais pu apprécier cette vieille ville paisible aux nombreuses petites et plus grandes mosquées, aux habitations blanches et proprettes, aux rues et ruelles souvent pavées, étroites et mystérieuses. 

Avec Bill, un tour de marché. Des montagnes de bulbes de céleri : ma Mie en aurait salivé d’envie. Des collines de carottes, de choux, d’oranges, de tomates, de pommes de terre, de courgettes. Et des cages regorgeant d’étourneaux, aussi. « Combien en veux-tu ? -Quatre ! » En un tour de main, les voilà attrapés, occis d’un coup de ciseaux précis sous la gorge et empaquetés. Même pas eu le temps de tourner mon regard au moment crucial ! 

Les bassins des Aghlabides, légèrement en dehors de la ville, sont d’une quiétude remarquable. Heureusement puisque le pacha du lieu allait faire sa sieste au centre de l’un d’eux. Intérêt à ce que ce soit calme ! Faut pas réveiller monsieur ! 

 

Mercredi 19 

Direction Sousse. Nos bagages à la consigne de la gare pour un tour de médina puisque nous avons une bonne heure avant le départ de notre train. Au bout de la rue principale du souk, je retrouve la rue en escaliers qu’on avait découverte avec ma Mie et que j’avais revue dans un film. 

Le train Sousse-Sfax est presque à l’heure. Bizarrement, au sortir de la gare de Sousse, il traverse sans passage à niveau des avenues très agitées, dont un énorme rond-point. Vitesse ultra-réduite et agents bloquant toute circulation. Après, la sirène signalant son passage me rappelait étrangement ma corne de brume, celle qui claironne affreusement entre les joints de la porte de mon balcon quand le vent souffle de l’ouest. 

A Sfax, petit problème de taxi -on a patienté une bonne demi-heure avant d’en trouver un, c’est exceptionnel- et d’hôtel -celui qu’on visait envahi par des Libyens-. Un autre taxi qui nous ramène à l’Alexander Hôtel (Dumas y dormit) roule très, très vite. Et prend d’office la priorité à tous les carrefours. « Moi, je trace ma route » nous dit le chauffeur, très décontracté. Plus que nous. Près du but, elle a failli s’interrompre brusquement pour au moins un bon moment, sa route ! On n’avait pas de pied à coulisse, mais la portière n’était pas à plus de quelques millimètres du pare-chocs de la voiture qui venait à gauche. Notre homme avait effectivement la priorité, il en usait et en abusait ! 

Bill m’emmène dans un grand resto pour le soir. Bien, mais comme d’habitude, assiette trop conséquente : heureusement, il m’aidera à terminer. 

 

Jeudi 20 

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Marché du matin. Une superbe boucherie-triperie, tout un mouton en pièces détachées. A la halle, des pieuvres, des poissons inconnus. Ailleurs, des montagnes de bartassailles en fer blanc. Un petit thé à la menthe sur les remparts avant de partir pour Gafsa et Metlaoui. 

J’aime bien les louages. On se laisse aller, on regarde, quelle que soit l’heure, on s’assoupit, on ouvre un œil, on le referme, on rêve. 

Arrêt flic. Papiers. Mais l’agent reconnaît le passager avant. Qui descend. Bises. Longue discussion. Fin du contrôle. Circulez, y’a plus rien à voir ! Intègre, la police tunisienne ? 

A Gafsa, un papy tunisien nous fait visiter son jardin. On le suit par des sentiers tracés parmi des carrés d’oignons, de salades, de fèves, de légumes que je ne reconnais pas, on saute par-dessus les minuscules canaux d’irrigation. 

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Plus loin, une exposition de tapis locaux se met en place au centre artisanal. Avant tout le monde, on nous permet de la visiter. Coloris, formes, dessins, tout est beau. Au cœur de la ville, on longe les bains romains. Silence, eau bleue et transparente, une piscine ancienne entourée de murs de pierres taillées, de ruelles à arcades, de placettes solitaires. Doux. 

Un petit louage jusqu’à Metlaoui. L’hôtel Seldja est très chic. Nous serons quasiment seuls le soir au resto conçu pour accueillir trois ou quatre cars de touristes venant suivre la ligne du Lézard Rouge. 

 

Vendredi 21 

Le Lézard Rouge, c’est un petit train que nous les Français avions offert en son temps au bey de Tunis. Il monte dans la montagne en direction de l’Algérie en empruntant la ligne de chemin de fer des phosphates. Les quatre ou cinq wagons d’époque ont été restaurés au mieux. Malheureusement, la locomotive n’a pas résisté au temps. Celle à vapeur a dû partir à la ferraille. La nôtre est à mazout. Presque sitôt sorti de la gare, on serpente pendant une demi-heure parmi des montagnes pelées et rocheuses, on longe des oueds, on traverse quelques oasis miniatures aux maigres végétations, palmiers, alfas, pauvres cultures, jusqu’au poste de chargement des phosphates, la grande richesse naturelle de la Tunisie que des trains d’une cinquantaine de wagons descendent jusqu’au port, jusqu’à Sfax. 

Louage pour Tozeur. On traverse un désert de cailloux et de sable parsemé de maigres touffes d’herbes sèches. Comment les chameaux trouvent-ils leur vie là-dedans ? A Tozeur, encore un couscous pour Bill -quel appétit féroce !-, pas pour moi, trop petit, mon estomac. La médina est toute de briques construite, décoration des murs par enfoncement ou saillie des briques choisies pour réaliser le dessin géométrique prévu. Pas de souk à l’intérieur -il est sur la grand-rue, au dehors-. mais des courettes, des placettes, des porches, des rues et ruelles à se perdre. Ce qu’on fait, évidemment. 

Traversée rectiligne du chott El Jerid pour arriver à Douz. A l’hôtel de la Tente, l’hôtelier reconnaît Bill qui y avait séjourné l’an passé. Il nous offre le thé sur la terrasse d’où on domine d’un mètre ou deux les autres terrasses du village. 

J’écrirai mes cartes au soleil couchant, tiédeur, supportant cependant mon anorak, pendant que Bill pianotera non loin, sur un clavier d’Internet. 

 

Samedi 22 

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Au-delà de la Grande Dune, nous avons marché une petite heure dans le sable, jouant à être perdu sitôt qu’on dévalait face aux sables infinis la dune qu’on venait d’escalader et qu’on ne voyait plus ni la palmeraie proche ni le minaret ou le haut des maisons de Douz au loin. Ce silence, ces palmiers décharnés ou étêtés par le vent, troncs squelettiques, m’amour, me rappellent l’oasis du pain du désert de 1996… 

Une Névada pour rejoindre Gabès. Elle roulait bien, sans problèmes, accomplissant honnêtement son bonhomme de chemin. L’extraordinaire de l’histoire, c’est qu’elle totalisait 990 000 km de route, la vaillante ! Beaucoup la connaissait. La preuve, quand on parla le lendemain dans un taxi de Djerba qui ne comptait, lui, que quelques 300 000 km, d’un louage qu’on avait pris et qui en comptait près d’un million, le chauffeur nous dit : « C’est la Névada ? » 

A Gabès, l’hôtel Régina ne manque pas de charme, les chambres autour d’une grande cour, isolée de la rue. Petit drame à l’arrivée, l’une de nos deux co-voyageuses du taxi vient de s’apercevoir qu’elle a oublié son portefeuille dans le louage Douz-Gabès. Retour immédiat à la gare des louages, mais plus de louage, déjà reparti à la maison. Peut-être demain. On ne saura pas la fin de l’histoire, mais le portefeuille contenait le trésor des deux ! 

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Au port, les filets vaporeux et fins des pêcheurs sèchent au soleil du soir. Ici, on pêche le poisson bleu, sardines, anchois et les mailles sont fines et serrées. Pus loin, des dizaines et des dizaines de mobylettes enchaînées attendent leur départ pour un pays d’Afrique plus pauvre encore que la Tunisie. Combien de kilomètres ont-elles déjà dans les roues ? Elles iront finir leur vie plus au sud, assurément sans espoir de retour. Ailleurs, c’est un petit bateau de pêche qu’on remonte à l’aide d’un pont roulant pour une réparation de fortune. Devant nos yeux, on clouera un morceau de tôle pour boucher un trou, un quart d’heure de travail sommaire, et re-vogue la galère ! Bonne chance les matelots ! 

 

Dimanche 23 

Balade en solo sur le marché et dans le petit souk de Gabès avant de solutionner un problème qui me tracasse. L’internet local m’en donnera la réponse. Et le résultat que j’attendais : match nul des Verts contre Metz. Un e-mail des Corbière, aussi, que j’attendais depuis pas mal de temps et qui vient me rejoindre ici. Avec internet, on ne se quitte jamais complètement. 

A Djerba, l’hôtel Erriadh est superbe. Près de celui des Sables qu’on avait utilisé en 1996, il lui ressemble beaucoup. Encore un patio intérieur, des chambres claires sur deux étages, une terrasse qui domine la ville. 

Bill se plaît au marchandage. Je ramènerai deux plats aux Floq’, mais la trouille de faire de la casse dans l’avion. 

 

Lundi 24 

Malgré l’heure matinale, Bill tient à m’accompagner à l’aéroport de Djerba. Il lui reste une semaine de vacances pendant laquelle il veut s’offrir une méharée plus loin dans le désert, au sud de Douz. Bon vent, Bill, bon sable ! 

Moi, je survole la Sardaigne, je frôle la Corse par l’ouest, de la verticale au-dessus de Nice je repère la baie de Cannes et notre camping de la Ferme, puis les Alpes, Gap et mes Corbière qui me font de grands signes. Atterrissage sans problèmes à Satolas. 

Bien belle semaine dont j’avais un peu peur. Souvenirs, souvenirs… Et puis, une fois dans le bain, on arrive à oublier, parfois, même si des situations, des paysages, vous ramènent d’autres images moins gaies, parce que maintenant définitivement enfuies. 

Merci Bill ! Pendant cette semaine, tu as grandement pris soin de ton vieux père. En fait, tu as été un père pour moi. 

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Saint-Etienne (42)

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Les palmes et les croix aux extrémités terminées par des pierres symbolisent le supplice du diacre Saint Etienne, le premier martyr, qui fut lapidé à Jérusalem.  La couronne royale exprime le désir des bourgeois de Saint-Etienne d’échapper à la tutelle des seigneurs de Saint-Priest (au XVIIème siècle) pour se placer sous l’autorité du roi. 

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Il aimait ces fontaines de fer, ce bouton sur lequel il suffisait d’appuyer pour étancher sa soif, cette eau offerte à tous et qui avait disparu de toutes les grandes villes. L’eau dans les rues, le journal dans les bistrots, la prévenance des habitants, ici l’hospitalité conservait ses droits, prolongeait les grandes heures de la solidarité ouvrière du début du siècle, quand le charbon et la sidérurgie entraînaient toute la ville dans ses chimères de monde nouveau, quand la première ligne de chemin de fer du pays, l’opéra, les cafés-concerts, les chevaux remplacés par les tramways, les manufactures immenses l’emportaient dans un tourbillon que transperçaient les chansons ou la mort, la misère ou l’espérance. 

Jean Colombier – Villa Mathilde 

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Et puis, (il aimait) surtout, conférant aux lieux un charme inattendu, ces passerelles, ces rampes, ces escaliers qui reliaient les hauts et les bas quartiers, offraient de soudaines perspectives sur un coin de cimetière, sur la ville, sur la campagne, rompant avec la rigidité et la discipline de l’architecture, suggérant des raccourcis, des chemins dérobés, des issues de secours, des passages secrets. 

Jean Colombier – Villa Mathilde 


Saint-Etienne-le-Molard (42)

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Le molard, c’est le talus ou la rive plus ou moins escarpée d’une rivière. Effectivement, des bords du Lignon, il faut monter un peu pour arriver sur la place de l’église, sur le molard. 

J’ai cru lire, il fut un temps, que certains avaient demandé que le village change d’identité et se transforme en Saint-Etienne-d’Urfé, un nom effectivement plus agréable et qui aurait rappelé la présence du château d’Honoré sur le territoire de la commune. 

Plus de nouvelles de ce vœu… 

 

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Actuellement près de l’église, l’ancienne croix en pierre du cimetière, l’une des plus vieilles de France, dit-on. 

De chaque coté du mât central, Saint-Jean et la Vierge. Aux extrémités des bras, le soleil et la lune, et au sommet, une sorte d’oiseau qui doit être la colombe du Saint-Esprit. 

Au revers de la croix, d’autres sculptures… 

 

 

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Il y a un pays nommé Forez qui, en sa petitesse, contient ce qui est le plus rare au reste des Gaules, car, étant divisé en plaines et en montagnes, les unes et les autres sont si fertiles et situées en air si tempéré que la terre est capable de tout ce que peut désirer le laboureur. 

Au cœur du pays est le plus beau de la plaine, ceinte, comme d’une forte muraille, des monts assez voisins et arrosée du fleuve Loire. 

Plusieurs ruisseaux en divers lieux la vont baignant de leurs claires ondes, mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabondant en son cours, va serpentant par cette plaine jusques à Feurs où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan. 

 

Extraits de l’Astrée (1607-1627) – Honoré d’Urfé 


Saint-Etienne-Lardeyrol (43)

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Là-haut sur la montagne, au-dessus de Saint-Etienne-Lardeyrol, vivait dans des temps très reculés un gigantesque dragon, évidemment grand dévoreur de chair fraîche, comme tous les dragons. Il était si énorme que sa queue faisait le tour complet du suc voisin. Bien sûr, toute la campagne alentour était terrorisée. 

Par chance et par bonheur, le vaillant Saint-Georges, grand chasseur de dragons devant son patron l’Eternel, parcourait alors la région vellave pour la christianiser. Mis au courant de l’affaire, il monta aussitôt combattre le monstre et, au grand soulagement des habitants d’alors, il l’extermina après une féroce bataille dont on peut encore voir les traces sur un rocher : la longue entaille d’un coup de son épée, l’empreinte profonde d’un sabot de son cheval et même la traînée brune d’une coulée du sang de l’animal vaincu. 

Quand on pense que, malgré ces preuves, certains doutent encore de l’existence ancienne des dragons… Affligeant ! 

 

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Sur le socle d’un rocher fouetté par les vents, les ruines de Lardeyrol… Cette dépouille mortelle d’une haute baronnie du Velay, l’histoire nous l’offre après avoir jeté bas le château féodal. 

Cette forteresse commandait le passage, en ces temps lointains où les barons de Lardeyrol prenaient droit d’assistance aux Etats du Velay. 

Du haut de ces pans informes d’où semblent surgir des ombres fantastiques, tant et tant de preux seigneurs pourraient nous conter la peine des hommes entre le fracas des armures et les chevauchées de la croisade. 

 

Jean PEYRARD – Terre des Trois Vallées 


Saint-Etienne-de-Valoux (07)

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Est-ce toi, le Valoux, qui nous a donné l’envie de visiter les Saint-Etienne ? 

Tous les ans à Pâques, on te devinait derrière les pêchers en fleurs de la route de nos vacances. En même temps que toi, on touchait la vallée du Rhône, la fin de l’hiver, le soleil, la chaleur, et, dans nos têtes, on était déjà à la Napoule. 

Plus que Bourg- Argental, tu étais la Porte de la Méditerranée. 

Parfois, on était obligé de t’éviter, si la neige au col du Grand-Bois était encore au rendez-vous. II nous fallait alors faire le grand tour par Rive-de-Gier, Givors, Vienne et les vallées plus accueillantes aux attelages. 

Mais tu nous manquais…

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Saint-Etienne-de-Vicq (03)

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Un village est couché comme un troupeau de boeufs

Au repos, dans un champ plein d’ombre et de bruyère ;

Une charrue attend dans un sentier bourbeux.

Dans un coin, un mur gris suit son chemin de pierre.

Jules Supervielle

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Un nécrologe inhabituel. Sous le verre du petit tableau suspendu à un pilier de l’église, les 27 Morts pour la France de la guerre de 14-18 sont calligraphiés et leurs photos sont rangées tout autour du cadre. 

Encore plus qu’au Monument aux Morts, ils sont là, plus réels puisqu’on voit leur visage -j’ose à peine dire plus vivants-, ces 27 morts, fauchés dans leur jeunesse. 

27 morts pour une si petite commune… 

Affolant…


Saint-Etienne-sur-Blesle (43)

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Sur les cartes et sur les annuaires, ce Saint-Etienne s’appelle « sur-Blesle », du nom du bourg voisin. Mais, à l’entrée du village, le panneau indique Saint-Etienne-le-Cheylat, du nom d’un hameau proche de la commune. 

Je crois me rappeler que le monument aux morts porte aussi cette dernière inscription. 

 

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A Blesle, on n’entend plus dans les ruelles les frôlements de robes des bénédictines -nobles !- qui, jadis, vivaient ici en leur abbaye. On ne sent plus les odeurs d’encens ou de cierge brûlé qui devaient les suivre dans leurs promenades vespérales et villageoises. Chacune de ces chanoinesses -pas très cloîtrées- avait sa petite maison personnelle qui donnait sur la cour du couvent. 

II ne reste presque rien de cette vie religieuse d’avant la Révolution, sinon quelques-unes de ces maisons, remaniées, et l’église, au plan original…


Saint-Etienne-sur-Usson (63)

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On s’en souvient, c’est dans la classe unique de ce village qu’a été créé et tourné le beau film « Etre et avoir ». 

 

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Près de Saint-Etienne-sur-Usson, Usson ! 

Et, bizarrement, on retrouve à Usson Marguerite de Valois, la reine Margot, qu’on avait déjà rencontrée à Carlat. Elle est la femme d’Henri de Navarre, le futur Henri IV, depuis 1572. Elle vient de quitter Carlat parce qu’Henri III, le roi son frère, avait donné l’ordre de l’appréhender à la suite d’une nouvelle de ses nombreuses inconduites. Elle se réfugie au château d’Ybois, près d’Issoire. Le roi fait assiéger la forteresse. 

Bientôt, elle est prise, ainsi que Margot qui est enfermée au château d’Usson. Son galant, qui l’accompagnait, est exécuté. 

Nous sommes en 1587. Vingt ans durant, Marguerite mène à Usson une vie de galanteries, d’études et de dévotions. Mais l’argent lui manque, et le nouveau roi, Henri IV, son mari donc, lui coupe les vivres ; il veut obtenir la dissolution de leur mariage. 

Marguerite n’y consentira qu’à la mort de sa rivale, la belle Gabrielle d’Estrée. Elle rentre alors à Paris. 

Peu après, en 1633, Richelieu fera raser Usson, en même temps que la plupart des châteaux-forts d’Auvergne. 


Poèmes épars_4

Automne malade

 

Automne malade et adoré

Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies

Quand il aura neigé

Dans les vergers

 

Pauvre automne

Meurs en blancheur et en richesse

De neige et de fruits mûrs

Au fond du ciel

Des éperviers planent

 

Aux lisières lointaines

Les cerfs ont bramé

 

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs

Les fruits tombant sans qu’on les cueille

Le vent et la forêt qui pleurent

Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille

 

Les feuilles

Qu’on foule

Un train

Qui roule

La vie

S’écoule

 

Guillaume Apollinaire

 

***********************

 

La lune s’attristait…

 

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs

Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs

Vaporeuses, tiraient de mourantes violes

De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.

C’était le jour béni de ton premier baiser.

Ma songerie aimant à me martyriser

S’enivrait savamment du parfum de tristesse

Que même sans regret et sans déboire laisse

La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.

J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli

Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue

Et dans le soir tu m’es en riant apparue

Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté

Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées

Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

 

Stéphane Mallarmé

 

*****************

 

Avare

 

M’alléger

me dépouiller

 

réduire mon bagage à l’essentiel

 

Abandonnant ma longue traîne de plumes

de plumages

de plumetis et de plumets

 

devenir oiseau avare

ivre du seul vol de ses ailes

 

Michel Leiris

 

**********************

 

Il était matelot…

 

Ils ont toujours, pour leur bonne-femme de mère,

Une larme d’enfant, ces héros de misère,

Pour leur Douce-Jolie, une larme d’amour !

Au pays -loin- ils ont, espérant leur retour,

Ces gens de cuivre rouge, une pâle fiancée

Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laissée.

Elle attend vaguement… comme on attend là-bas.

Eux, ils portent son nom tatoué sur le bras.

Peut-être elle sera veuve avant d’être épouse…

Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.

Mais elle sera fière, à travers un sanglot,

De pouvoir dire encore : « -Il était matelot !… »

 

Tristan Corbière

 

*****************

Jeanne endormie

 

L’oiseau chante ; je suis au fond des rêveries.

Rose, elle est là qui dort sous les branches fleuries,

Dans son berceau tremblant comme un nid d’alcyon,

Douce, les yeux fermés, sans faire attention

Au glissement de l’ombre et du soleil sur elle.

Elle est toute petite, elle est surnaturelle.

O suprême beauté de l’enfant innocent !

Moi je pense, elle rêve ; et sur son front descend

Un entrelacement de visions sereines ;

Des femmes de l’azur qu’on prendrait pour des reines,

Des anges, des lions ayant des airs bénins,

De pauvres bons géants protégés par des nains

Des triomphes de fleurs dans les bois, des trophées

D’arbres célestes, pleins de la lueur des fées,

Un nuage où l’éden apparaît à demi,

Voilà ce qui s’abat sur l’enfant endormi.

Le berceau des enfants est le palais des songes ;

Dieu se met à leur faire un tas de doux mensonges ;

De là leur frais sourire et leur profonde paix.

Plus d’un dira plus tard : Bon Dieu, tu me trompais.

Mais le bon Dieu répond dans la profondeur sombre :

-Non. Ton rêve est le ciel. Je t’en ai donné l’ombre.

Mais ce ciel, tu l’auras. Attends l’autre berceau ;

La tombe. -Ainsi je songe. Ô printemps ! Chante, oiseau !

 

Victor Hugo

 

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Le bain du roi

 

Rampant d’argent sur champ de sinople, dragon

Fluide, au soleil de la Vistule se boursoufle.

Or le roi de Pologne, ancien roi d’Aragon,

Se hâte vers son bain, très nu, puissant maroufle.

 

Les pairs étaient douzaine : il est sans parangon.

Son lard tremble à sa marche et la terre à son souffle ;

Pour chacun de ses pas son orteil patagon

Lui taille au creux du sable une neuve pantoufle.

 

Et couvert de son ventre ainsi que d’un écu

Il va. La redondance illustre de son cul

Affirme insuffisant le caleçon vulgaire

 

Où sont portraicturés en or, au naturel,

Par derrière, un Peau-Rouge au sentier de la guerre

Sur son cheval, et par devant, la Tour Eiffel.

 

Alfred Jarry

 

*******************

 

Le livre

 

L’ami marche sur le sable

sans plus de bruit que la rosée.

 

Pourtant je reconnais son pas,

Je devine son visage.

 

Bientôt il va franchir le seuil,

souriant, me tendre le livre

qu’hier chez lui j’ai oublié

dans l’espoir qu’il me le rapporte.

 

Jean Joubert

 

********************

 

Pour une raison inconnue

 

Pour une raison inconnue

brusquement les feux s’éteignent

le train de nuit s’immobilise dans une tourbière

les portières s’entrouvrent

gonflés d’orangeade les voyageurs descendent

(belle nuit de juin)

des bruissements d’ailes traversent les roseaux

se répondent d’une combe à l’autre

le mécanicien contrôle l’état des roues

les sapins fument

rumeurs

chocs métalliques

sous le dernier wagon un passager clandestin

retient son souffle

 

Vahé Godel

 

********************

 

Que vas-tu peindre, ami ? L’invisible.

Que vas-tu dire, ami ? L’indicible

Monsieur, car mes yeux sont dans ma tête.

 

-N’ayez pas peur, c’est un Poète.

 

Pierre Albert-Birot

 

***********************

 

Vers gravés sur un oranger

 

Oranger, dont la voûte épaisse

Servit à cacher nos amours,

Reçois et conserve toujours

Ces vers, enfants de ma tendresse,

Et dis à ceux qu’un doux loisir

Amènera dans ce bocage

Que si l’on mourait de plaisir

Je serais mort sous ton ombrage.

 

Evariste Parny


Ma moussaka rapide

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Je viens de ma régaler d’une moussaka que j’ai préparée vite fait, sur le pouce, au débotté. J’aime beaucoup la moussaka. Quand je la déguste, je me revois dans les îles grecques, sous les platanes d’une cour de restaurant à Samos, sur une terrasse de Santorin, sur le bord d’une ruelle du vieux Rhodes, sur un quai de Naxos, sur le sable d’une plage d’Agia Pelagia en Crête… Avec toujours du soleil, de la douceur et un air de Maria Farantouri qui flotte autour… 

A raison d’une par jour pendant mes malheureusement trop brefs séjours dans les îles, j’en ai dégustées des extras, des bonnes, des moyennes et des …, bon, passons ! Celle que je viens de confectionner n’est pas dans les plus mauvaises !

Bien sûr, si on part à l’improviste, comme moi ce dimanche matin à 10 heures et demie, il faut avoir sous la main quelques ingrédients dans son congélateur et ses placards. Par chance, je les avais !

J’ai fait cuire rapidement et pas complètement quelques morceaux de viande congelées qui me restaient : un blanc de poulet, un morceau de porc, un steak haché. J’aurais pu mettre aussi de l’agneau mais je n’en avais pas. Je les ai ensuite hachés avec un oignon, quelques gousses d’ail, et quelques croûtons de pain pour lier. J’ai rajouté quelques giclées de sauce tomate en tube. Le tout bien mélangé et additionné de sel, poivre, muscade, quatre épices, origan. Ma viande était prête.

J’avais aussi au congèl’ une douzaine de rondelles d’aubergines que j’ai fait revenir à la poêle dans très peu d’huile jusqu’à décongélation complète.

Avec un demi-litre de lait, j’ai fait une assez grosse béchamel, assez épaisse, parfumée à la muscade. J’y ai rajouté un œuf battu en omelette. Je l’ai gardée en attente.

J’ai pelé trois ou quatre petites pommes de terre que j’ai coupées en tranches.

Vint le moment du montage : Au fond du plat à four assez haut, mes pommes de terre arrosées d’un peu de béchamel, puis le tiers des aubergines, la viande, le reste des aubergines et la béchamel pour couvrir le tout.

J’ai laissé mitonner une heure et quart, une heure et demie à four 7-8. Ma moussaka était dorée sur le dessus, très appétissante !  Elle ne réjouira peut-être pas les puristes (produit congelés, tomate en tube…) mais je peux vous dire que je m’en suis cependant régalé. Elle était évidemment trop conséquente pour un seul repas mais comme elle est aussi bonne réchauffée, même après congélation…

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