Cyclades en mai

Envol pour le pays des oliviers et du miel. 

Réponse à un appel mystérieux de la Grèce, berceau de la civilisation. 

Recherche des racines de ce peuple d’artistes, de philosophes, de poètes. 

Certitude que je trouverai dans les îles le bleu et le blanc que je cherche. 

 

A Athènes, changement d’aéroport. 

C’est du Terminal Ouest qu’on s’envolera pour les îles. 

Souvenir : c’est dans cet aéroport qu’en 1978 on venait acheter l’Equipe, lors d’un séjour en Grèce. Les salles d’attente étaient envahies de jeunes avec leur sac à dos. Je pensais que dans quelques années, mes enfants partiraient aussi. 

Ce temps est arrivé, dépassé… Dans combien d’aéroports ont-ils déjà traîné leur sac ? 

 

Mykonos 

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Arrivée tardive. Douceur de la nuit… 

 

Mykonos à minuit. 

Labyrinthe de lumières. 

Magie des longs couloirs blancs éclairés. 

On oublie l’heure, on se laisse attirer par les ruelles qui vous ensorcellent comme des sirènes. 

Monde de rêve, de musique, de gens heureux et amoureux. 

Discothèques entrouvertes, bougies qui dansent sur les tables des tavernes. 

Rien de heurté, de violent. 

Tout le monde glisse entre les maisons blanches illuminées et s’émerveille. 

Ce sont les premières heures du jour… Qui s’en soucie ? 

 

Le lendemain matin, Mykonos, c’est une petite ville éclatante de blancheur. La nuit a retiré toutes ses lumières et le soleil reprend ses droits. 

Hier soir, la ville n’avait que des rues, maintenant, on aperçoit les maisons avec des toits plats et des coupoles. 

La sirène d’un bateau qui s’en va attire les yeux vers le port. 

La mer ! On l’avait oubliée ! 

 

Salade grecque, tzadziki, tarama, gyros-pita, souvlaki, moussaka, de l’ouzo, et de l’eau, de l’eau, de l’eau ! 

Ex-voto des marins ou églises de culte orthodoxe, on compte plus de trois cents chapelles à Mykonos. 

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Odeur d’encens, de cire, de cierges, ferveur des fidèles qui embrassent les icônes et se recueillent. 

 

Or, argent, encens, on se croirait chez les Rois Mages, mais c’est un pope barbu en robe noire qui prie au fond de l’église. 

 

Mykonos le matin. 

Marché sur le port. Les Grecs sont là, pêcheurs ou jardiniers, sur le triporteur ou devant la balance. Peu de touristes, sinon ceux qui se rendent aux embarcadères pour Delos, Athènes, Raffina, Paros, la Crête ou une autre des îles de la mer Egée. 

A cette heure, les rues sont calmes. Le petit âne et le baudet font leur tournée. 

Une mémé en noir secoue son tapis, les commerçants installent tee-shirts, moulins et faïenceries bleues devant leur boutique. 

Les écoliers, sac au dos et en tenue d’été, semblent plus aller en voyage qu’à l’école. 

 

Location de la « bike ». 

Cheveux au vent, souvenir d’il y a 35 ans au cœur, on part pour l’aventure. 

Crevaison à Ano Mera. On attendra à l’ombre les secours. Le temps n’a plus d’importance. 

C’est à Kalafati qu’on retrouve vraiment la mer. 

Les filets safran sèchent au soleil. 

 

Marcher sur la pointe des pieds. 

Ne pas détruire toutes ces plantes inconnues. 

 

Delos 

 

Départ pour Delos : l’île sacrée où Léto, abandonnée par Zeus, mit au monde Apollon et Artémis. 

Au 1er siècle avant J-C, Délos comptait 25 000 habitants. 

Il n’y a plus aujourd’hui que les gardiens du musée. 

 

Les lions sont presque tous brisés par le temps mais toujours tendus vers le ciel. 

On est impressionné par cette force inscrite dans la pierre. 

Emotion devant le moindre morceau de marbre sacré gardé par les coquelicots. 

Les Dieux ont-ils laissé toutes ces fleurs en remerciement des offrandes reçues autrefois ?

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Ruines de temples ou de maisons sont habitées maintenant par des crapauds à la voie rauque. Des lézards énormes en uniforme de camouflage font la police entre les dalles, les ombellifères ou les chardons. 

 

L’île des interdits. 

Vers 550 avant J-C, il fut interdit de naître et de mourir à Délos. Purification disent les uns, mesure de répression disent les autres. Aujourd’hui, il est pratiquement interdit de séjourner à Délos : pas d’hôtel ! 

Le dernier caïque quitte l’île à 13 heures 30. Malheur au touriste imprudent qui errerait dans les ruines à l’heure de la sieste. Il serait sacrifié au SOLEIL. 

Nous rentrons donc à Mykonos. 

 

Paros 

 

En mer pour Paros 

Sur le pont de l’Express Paros,  le courrier des Cyclades, ambiance de croisière. 

Les touristes, crème de bronzage dans la main gauche, bouteille d’eau au pied, se préparent à apprivoiser le soleil. 

Le soleil ! Il brille si fort que même l’appareil-photo doit cligner de l’œil et ne peut rendre toutes les couleurs. 

Pourtant, la mer est bleu marine et le bateau laisse un sillage turquoise. 

Musique grecque… Sirtaki… Des jeunes collégiens dansent en cercle et en farandole sur le pont… 

 

Dans deux jours, c’est la saint Constantin. L’église est reblanchie. 

Eglise purifiée, blanc immaculé, aveuglant, mystique, qui défie le regard. 

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L’île est célèbre pour son marbre blanc. On le retrouve dans les escaliers des maisons plus modernes et en blocs non polis réduits à l’état de pierres dans les murets de campagne. 

 

A Parikia, flânerie dans les rues. Maisons blanches, lauriers roses, escaliers qui vous appellent. 

Incluses dans les murs du Castro, des colonnes brisées, souvenir de l’antiquité. 

 

Charme d’une petite ville méditerranéenne, jardins secrets… 

Une bouffée d’encens à la porte de l’église byzantine… 

 

La montagne, comme en Ardèche, abandonnée, gardée par des moulins. 

Un âne se plaint au bord d’un champ de pierres, des oiseaux avec une petite huppe se croisent dans les buissons, la sauge sauvage qu’on vient d’écraser parfume tout le paysage… 

 

Lefkès, dans la montagne, à l’abri des pirates, endormie dans le soleil. 

Puis l’appel des cloches. Des grands-mères ferment leur porte bleue et se rendent à l’église. 

Bouquet à la main, à pied dans les ruelles blanches, une famille s’en va à l’enterrement. 

Rien de triste, beaucoup de calme. 

 

A l’est et au sud de l’île, un peu de vent. 

Le soleil exacerbe les couleurs. 

Les aquarellistes exposent dans la fraîcheur d’une salle voûtée. 

 

Sur la presqu’île de Kolymbithrès, à côté de Naoussa, le monastère abandonné de St Ioannis Prodomos.. 

C’est le soir. 

Tous les murs ont gardé la lumière. 

Des souvenirs de prières, un calme religieux et d’innombrables petites fleurs bleues en font un lieu privilégié. 

A la nuit tombée, on cherche l’étoile polaire, on est tellement loin… 

 

Antiparos 

 

Rien d’agressif dans ce nom : une île avant Paros 

Nous n’irons pas dans la campagne, sèche, pelée, rôtie, où les murs de pierre n’entourent que des champs de terre et de rochers. 

« Village cycladique typique », dit le guide. 

J’ajouterais blancheur intense, folie lumineuse, vertige des couleurs. 

 

Naxos 

 

L’Express Paros arrive à Parikia et on embarque pour Naxos, l’île voisine, sur une mer toujours aussi belle, aussi calme, aussi bleue… 

A l’arrivée à Naxos, on aimerait bien 

- foncer à travers les démarcheurs, 

- passer entre les mailles du filet, 

- se débrouiller tout seuls. 

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Quand le patron de l’hôtel Okéanis ouvre cette fenêtre sur le port, j’oublie tout… 

La chambre était mal meublée, le lit étroit. 

Le Guide du Routard disait « hôtel succinct », mais moi, je n’ai vu que cette fenêtre… 

 

Un escalier qui s’arrête sur un mur ! 

Un escalier qui n’existe que pour lui-même, pour le plaisir d’avoir des marches… 

 

Une porte pour l’infini ! 

C’est le portique de Strogoli, l’entrée d’un temple à Apollon, dit aussi « Palais d’Ariane ». 

Cette Ariane qui, abandonnée sur le rivage par Thésée qu’elle avait pourtant aidé à vaincre le Minotaure, aurait épousé ici le jeune Dionysos. 

 

La ville est groupée autour de la citadelle vénitienne, là-haut sur la colline. Les touristes, comme les ruelles, grimpent et tournent. 

Fleurs et soleil rivalisent d’exubérance. 

 

Un peu d’ombre sous les voûtes, des vitrines d’artisans dans la rue Agiou Nikoumedou, et on se retrouve sur la Platia, sur le port. 

Je me souviendrai de chez Diogène, où le petit déjeuner est un festin, d’une taverne aux tables et chaises bleues où le mouton tournait sur la broche, et d’un petit bar où l’on s’est arrêté autant pour boire que pour reposer nos yeux brûlés par le soleil. 

 

Dans la campagne, paysage sauvage, abandonné au soleil, aux rochers, au silence. 

On cueille du thym-citron ou de la réglisse qu’on froisse dans ses mains. 

Parfum, lumière et solitude heureuse. 

Ce n’est que dans les vallées dites « verdoyantes » qu’on voit un peu de vert grâce à la vigne et aux oliviers. 

L’appel dominical des cloches monte du village. 

 

Au- dessus du port d’Apolonas gît un Kouro. 

Ce géant de marbre de près de onze mètres, abandonné par les sculpteurs sept siècles avant J-C pour cause de fracture, ne s’est jamais mis debout. 

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Je lui ai caressé le front, Jean s’est assis au creux de son bras. 

Ce colosse nous a impressionnés. 

Des fêlures dans le marbre le laissent à jamais inachevé, prisonnier dans la pierre. 

 

Sur la piste, à l’ouest de l’île, quelques arbres autour d’un pirgo, une ancienne tour vénitienne. 

Une rivière de lauriers-roses au creux d’un vallon, de l’eau entre les pierres et quelques chose d’insolite tout à coup… Un bruit, un chant : les cigales ! 

 

Santorin 

 

Sur la route de Santorin, le bleu « mer Egée ». 

On attend Santorin, un immense cratère effondré, une caldera envahie par la mer, une couronne d’îles avec des villes blanches encore aujourd’hui menacées par les secousses. 

La sirène mugit. On entre dans la caldera. Grandeur du site. Silence sur le pont. L’eau est devenue sombre, immobile. 

 

Là-haut, sur la falaise, à plus de 300 mètres, les maisons ne sont plus qu’une crête blanche. On glisse longtemps devant les pentes rouges, ocre, noires, couleur de feu, conscients de la beauté et de la fragilité du monde. 

 

On badigeonne chaque année les maisons, les escaliers, les rues. 

Cette nouvelle blancheur leur pardonne l’usure du temps. 

Et le soleil joue avec les formes et les volumes. 

 

Pas de mot pour le dire. 

Rencontre du sacré et du mystère des eaux. 

Se peut-il que tant de beauté ne soit pas éternelle ? 

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Sur l’île de Néa Kaiméni, dans le royaume d’Héphaïstos. 

De quels tourments ces laves noires témoignent-elles ? 

Accueil sombre et chaud. Le soleil nous incendie. Crissements des scories sous les pieds des marcheurs. 

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Fumerolles, dépôts de soufre, l’odeur irritante des gaz sulfureux nous agresse. Le volcan mijote encore dans les profondeurs. 

 

Dans l’ancienne Thira, vieille de plus de 3000 ans, grande ville morte à 370 mètres d’altitude au-dessus de Kamani, les Dieux sont toujours là : le dauphin de Poséidon, l’aigle de Zeus… 

 

Si la Grèce est accueillante, son soleil y règne en maître implacable. Il me marque au rouge et me condamne à chercher l’ombre et l’eau. 

L’eau douce est étrangère à l’île. Importée, elle ne s’y promène qu’en camions-citernes ou en bouteilles en plastique au bras des touristes. 

 

Midi à Pyrgos. 

L’ombre longe les maisons. 

Rencontre avec un paysan qui nous vend son vin, avec un pépé qui, en échange d’allumettes, nous offre deux tomates de son jardinet, et avec un âne, indispensable aux villageois. 

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Le blanc bleuté des voûtes, comme emprunté au linge passé aux boules bleues de lessive. 

 

Deux semaines en blanc et bleu, aucune faille où loger des regrets. 

C’était les Cyclades au soleil… 

 

Bleu ciel, bleu marine, 

turquoise et outremer, 

bleu lavande ou pervenche, 

gentiane et myosotis, 

bleu cendré ou bleu pastel, 

bleu saphir et bleu d’orient, 

indigo et bleu nuit… 

 

J’ai pêché tous les bleus, 

réalisé un rêve…

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   Merci la vie… 

 

C’est ma Mie qui a écrit ce récit de notre quinzaine dans les Cyclades 

 

 


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