Par monts et par causses

Il y a longtemps qu’on avait envie de voir le Causse sous de lourds nuages gris poussés par le vent d’Ouest. Actuellement, le temps, sans être froid, est bien moyen : c’est notre moment. En route donc pour le Causse. Pas d’arrêt au Puy : on connaît ! Un petit tour autour de la Tour des Anglais, à Saugues, resto campagnard convivial et direction le parc à bisons de la Margeride. Bientôt perdus, sous un ciel désespérément bleu, -adieu nos nuages, mais, tout bien pesé, on s’en passe allègrement…-, on demande notre chemin à une mamie qu’on embarque avec nous, toute heureuse de nous y mener et de sortir un peu de son chez elle. On lui dit, et c’est vrai, que son pays est calme et beau. « Si vous voulez acheter une maison, j’en ai une à vendre. » Elle nous le glisse à l’aller et au retour, la coquine ! Si elle avait pu faire d’une pierre deux coups, de sa sortie une affaire ! Les bisons, bon, c’est des bisons ! Importés de Pologne pour réimplantation sur une de leur terre d’origine, d’accord, mais des bisons, quoi ! 

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Superbe marche d’une heure sur ce plateau de la Margeride qu’on découvrait. Des pâtures, des forêts, presque personne… Malheureusement passent quelques s… de voitures à mazout qui polluent sans vergogne notre atmosphère et irritent méchamment nos muqueuses. Discuté avec un paysan se plaignant de l’invasion de rats qui, cette année, pustulent ses prés d’espèce de taupinières bien fâcheuses pour les fenaisons futures. Pour lui, ON a dû en lâcher dans le pays. Comme ON a parachuté des vipères dans les Alpes (voir Alpes n* 29). Les rumeurs, les croyances sont tenaces et le temps du joueur de flûteau n’est pas encore révolu…  A Mende, notre petit hôtel d’il y a trente ans s’est  transformé en bar Le Krystal. Nous dormirons cette fois a l’hôtel des Remparts. Sur le Causse du Sauveterre, ensoleillé lui aussi, marche jusqu’à un petit village tout en pierres, à deux kilomètres, au milieu de cette campagne à l’herbe courte parsemée de buissons d’églantine dont il ne reste que les fruits rouges, de bouquets de buis roussissant et d’énormes blocs de pierres rassemblés en tas pour faciliter les travaux agricoles. Ici, je me sens en parfaite harmonie avec le paysage, avec le pays. Correspondance. Rien ne me heurte. Ni les lignes -douces courbes, collinettes, dolines-, ni les couleurs -rien d’agressif, des roux, des bruns, des verts-forêts, toutes sortes de gris minéraux, le bleu pastel du ciel-, ni les bruits -bêlements de brebis, pépiements d’oiseaux, tristes croassements de corbeaux-. Je crois que je pourrais -qu’ on pourrait- traverser le Causse à pied, en prenant notre temps ; notre âne si doux porterait notre gîte et nos maigres bagages. Croisé presque sous nos pieds, qui traversait imprudemment la route… un scorpion. Petit, noir, mais fier de sa force. Comme je voulais le pousser sur le bord avec mon bâton pour assurer sa survie, il redressa aussitôt sa queue et sortit ses deux petits crochets tout blancs. En garde ! Je l’aurais bien ramené pour nos deux scorpions du Verdurier mais pas de boite sur nous. Et Mie n’a pas voulu le garder jusqu’à la voiture dans sa petite main douce. A Sainte-Enimie, un aperçu du désastre de la semaine dernière. Tous les magasins les plus proches du Lot, pourtant au moins dix mètres plus hauts que le niveau normal de la rivière, ont été ravagés. Ils sont vides, portes grandes ouvertes pour évacuer l’humidité. L’eau a frôlé le premier étage des maisons. Ce devait être affolant de voir et d’entendre toute cette eau dévaler en furie la vallée encaissée. Et les riverains, impuissants, qui devaient suivre pas à pas sa montée inexorable et compter l’énormité des dégâts. Qu’ont-ils pu sauver en priorité à l’annonce de l’inondation ? A Chenebeyres, si le feu se déclarait, que sortir en premier du brasier naissant ? Des vieilleries ? Nos « archives », anciennes et actuelles : nos « vieux » et nos albums photos ? C’est vrai que nos aïeux sont devenus présents comme partie de la famille et qu’on aurait peine à recommencer leur quête… Et si nos photos brûlaient, n’est-ce pas une partie de nous qu’on verrait s’envoler en fumée ? Mais relativisons : je suis sûr qu’on pourrait vivre sans. Et il nous reste quand même un peu de mémoire pour nous souvenir… 

Au réveil de ma sieste sur le Causse Méjean, plus de Mie. Rien à l’horizon, pourtant dégagé. Tel le petit Poucet, je grimpe sur un gros rocher pour voir au loin. Toujours rien. Mais bientôt la voilà qui émerge d’un petit vallon voisin. Elle a dû monter sur la colline, ma biquette ardéchoise, pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. A-t-elle aperçu ou rencontré le gros méchant loup noir, là-haut, elle qui n’a même pas pris la précaution d’emmener mon bâton pour se défendre ? Sans doute pas, car je la vois revenir tranquillement, souriante, traversant creux et bosses du causse. Effectivement, elle a fait sans moi –tant pis pour toi, vieux dormeur !- sa marche vespérale, gravissant la colline, -caussarde mais pas cossarde !- sans voir le loup. Et comme j’étais content maintenant, de la voir, toute fraîche, épanouie, et de l’entendre, heureuse, me raconter son expédition…

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Encore des routes désertes, et toujours ces paysages doucement vallonnés, ces champs d’herbes sèches et de cailloux, parfois une ferme grise trapue à toit de lauzes, un troupeau de moutons frisant clair à contre-jour, et même des chevaux de Przewalski prétés, donnés par des zoos pour tenter le repeuplement dans ces espaces infinis. Les derniers chevaux sauvages nous dit WWF qui s’occupe de leur survie : il n’en reste plus que mille dans le monde. 

Dodo à Marvejols après avoir flâné dans la Rue Droite, d’une porte fortifiée à l’autre. Mais la chambre de notre hôtel de la Poste donne sur la N 9. Et dès potron-minet, bonjour voitures et camions !

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Ce matin, les nuages sont là ! Mais à la même hauteur que nous. On est DEDANS. Visibilité réduite. L’Islande… Non, pas l’Islande ! L’Aubrac. Pourquoi se chercher des rappels, des références, des ressemblances. Profitons de notre Aubrac dans la brume, de ses horizons estompés, de ses bouquets d’arbres fuyants, de ses vaches fauves et de ses énormes taureaux surgissant de nulle part, de ses clochers s’évanouissant aussi vite qu’ils sont apparus…

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La brume ne nous empêchera pas de retrouver Laguiole et sa coopérative fromagère -provision de tome fraîche pour nos aligots d’hiver-, et encore moins d’en savourer un excellent chez Régis, le spécialiste de la place.

causses944bis.jpgLe retour sur Chenebeyres sera sans fioritures si ce n’est une halte dans les deux très belles églises romanes de Sainte-Urcize (son et lumière pour nous tout seuls) et de Saint-Alban-sous-Limagnole. Quels jolis noms ! 

 


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