Cinq jours à Londres

Pas plus difficile de ranger sa voiture dans le Shuttle que dans son garage. Plus facile même puisqu’on entre et on sort en marche avant. 

La traversée se fait en douceur, rapidement, au chaud dans sa voiture. Le paysage est quand même peu varié. Ils nous auraient construit un tube de verre -solide, hein !- au fond de la Manche que l’intérêt du voyage en aurait été largement décuplé. Les poissons nous regarderaient filer comme autrefois les vaches les trains, on saluerait au passage quelques lottes au sourire coquin, rougets moustachus, antiques grenadiers, grimaçants grondins, vieux barbus ou bons Saint-Pierre portant leurs clés, on échangerait un amical bonjour avec une langouste rosissant de plaisir ou un gros tourteau pataud sympathique, on admirerait en passant les danses lascives d’algues de toutes sortes et de toutes couleurs. En guise de quoi nous n’avons à nous mettre sous l’œil que le mur triste, gris et long d’une trentaine de kilomètres du tunnel.

« -A gauche, Jo, à gauche ? » Nous voilà donc en Angleterre. Autoroute jusqu’à Londres. Pas de problèmes majeurs pour trouver notre hôtel près de Victoria Station. Bus et Métro à proximité, très pratique puisque nous avons un pass’ de quatre jours dans les transports londoniens. Des trajets dans le premier étage des bus, à l’abri de la bise mordante et dominant la piétaille affairée des trottoirs, on en fera jusqu’à plus soif. Bien agréable de parcourir ainsi the Strand, the Quadrant ou Oxford Street, de surplomber Hyde Park Corner ou Piccadilly Circus.

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Première visite, la Tour de Londres. L’embêtant, chez les Anglais, c’est qu’il y a trop souvent quelque chose qui coince avec nos souvenirs. Par exemple, là, on voit des salles pleines d’armes, de cuirasses, de canons, de boulets, d’épées, de fusils, de pistolets, et on sait bien que la plupart ont servi à nous en mettre plein la figure. C’est là aussi que parmi beaucoup d’autres furent enfermés longtemps Charles d’Orléans - »Le temps a laissé son manteau de vent, de froidure et de pluie. »- et notre bon roi Jean le Bon. Quant aux joyaux de la Couronne, les regards curieux des manants de tout pays ne risquent pas de les souiller : on fait défiler le bas peuple à la queue leu leu et à la vitesse programmée d’un tapis roulant devant les plus précieux d’entre eux, bien à l’abri dans leur cage de verre sans aucun doute blindée. 

Le soir à Chesham House, notre hôtel, avant de nous endormir et si notre anglais n’avait pas été ce qu’il est, très faible, on aurait pu lire quelques versets de la Bible gracieusement mise à la disposition des clients dans chacune des chambres, On se borna donc à se rappeler les images fortes de cette première journée anglaise, comme par exemple la trop rapide visite d’Harrods, le grand Magasin de Knightsbridge –il fermait à six heures-. Je suis resté aux rayons d’alimentation, mais c’était déjà gigantesque de variétés dans chaque produit, bien présenté, très clean, des jambons, des saumons fumés, des fromages de toutes provenances -même la fourme d’Ambert présente, mais pas celle de Montbrison-, des thés, des thés, des thés, ah ? les thés, des coins-dégustation, ici, huîtres, là, charcuteries, ailleurs thé et gâteaux, certains serveurs badgés d’un petit drapeau pour indiquer qu’ils parlent telle ou telle langue, français, espagnol, roumain, tibétain, bantou, volapuk. Un petit monde où je serais bien resté une demi-journée à tourner, à fouiner, à me régaler les yeux… 

Un matin, je descends, seul, une station de métro avant Tower Bridge pour goûter un peu de la rue et de la City. Je sors donc au pied du Monument, Mais ma marche se révèle sans intérêt jusqu’au Pont où je retrouve mon monde. Il aurait fallu marcher dans la direction opposée, vers le centre. 

Par notre présence et malgré le froid et la neige qui commençait à tomber, on a bien encouragé la Garde de Buckingham à se relever, mais sans aller plus loin, sans avoir la moindre envie de prendre la place des beaux soldats de la reine. 

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La neige, on l’a revue sous Big Ben sonnant neuf heures, le lendemain matin. On avait prévu la pluie, le brouillard, pas le froid et les flocons. C’était une vraie burle qui soufflait aussi sur les Horse Guards et les passants de Whitehall, dont nous quatre, ce jour-là. 

A la Tate Gallery, émotion devant de nombreux, superbes et lumineux Turner, des champêtres Constable, quelques-uns de nos  impressionnistes, l’Escargot de Matisse… 

Mais mieux vaudrait faire les salles à petites doses et revenir plus souvent, comme dans tous les musées d’ailleurs. 

A la National Gallery, ce fut tout aussi génial. Quelle belle collection ! Quelles merveilles ! Tous y sont. Des premiers italiens, allemands et flamands -Giotto, Durer, Memling- aux Renoir, Manet, Monet. Et ce petit salon octogonal où deux Turner et deux Claude Gelée se marient dans un débordement de lumière et de mer. Même remarque que pour la Tate, il faudrait pouvoir y passer une demi-heure de temps en temps, quand l’envie est là, comme on écoute un disque, comme on lit une poésie, comme on savoure un plat qu’on aime. 

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 Westminster, bien. Dans une chapelle, celle dite des Innocents, un anglais m’a fait remarquer en souriant et en français la mention « perfidius », gravée en latin sur une plaque, à propos de je ne sais plus quel roi. Doux euphémisme ; il avait fait assassiner ses deux très jeunes neveux pendant leur sommeil pour prendre leur place sur le trône ! 

La montée au sommet de la coupole de Saint-Paul, 530 marches, petit exploit sportif récompensé par une belle vision panoramique de Londres, malgré des lointains quelque peu bouchés. 

Midi ou soir, on a dégusté plusieurs fois la Jacket potatoes : grosse pomme de terre cuite nature au micro-ondes, ouverte en deux ou en quatre et garnie de fromage, de bacon, ou d’autres choses. Jo en a même pris une fourrée aux beans -aux fayots- ! 

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 Le pub qui reçut notre visite, le Sherlock Holmes, près de Charing Cross, était beaucoup plus typique de l’extérieur qu’à l’intérieur. On y mangea un potage aux champignons sans doute de chez Royco, de chez Knorr ou de chez Maggi ! 

Dans le métro, vu une bien belle affiche. Sur fond noir, dans chacun des quatre quarts, un cerveau dessiné en blanc. Sous les trois premiers, identiques, écrit en lettres blanches, European, American, Australian. Sous le dernier, semblable aux autres mais très nettement plus petit, Racist. 

Dois-je dire que pendant notre séjour, j’ai fait un royal cadeau à une vendeuse de cartes postales ? Comme je lui présentais une poignée de monnaie afin qu’elle se serve elle-même en pound ou en pence, elle écarta immédiatement du doigt une de nos petites pièces jaunes de cinq centimes, intruse parmi la flopée de mitraille britannique. Et bien, après paiement de nos achats, je la lui ai donnée en disant ; « -Cadeau ! » Comme elle était contente, la petite anglaise ! C’est ainsi que se nouent des liens d’amitié entre les peuples. 

J’ajouterai que, globalement, les Anglais ont été très sympathiques avec nous, répondant gentiment quand notre besoin de renseignements s’avérait trop urgent. Une fois cependant, dans un magasin, j’ai dit : « -Merci, au revoir » et on m’a répondu : « -Thank’s, bye », montrant ainsi qu’on n’avait pas trop envie de continuer la conversation en français. Il est vrai qu’on était à Londres ! 

Deux fois, Je me suis vigoureusement fait klaxonner par des taxis. « Look right » avais-je pourtant bien lu au bas du trottoir. Mais nos vieilles habitudes continentales sont tenaces et les capots de ces sacrées voitures roulant à gauche m’ont frôlé le derrière. 

Notre week-middle anglaise se terminera dans les petites rues de Canterbury et dans la cathédrale de Thomas Becket. Ce fut une semaine bien agréable, à se balader parmi les lumières et les vitrines annonçant Noël et malgré les bourrasques de vent d’Est ou de neige dont on se souviendra, surtout celles de Buckingham Palace, royales, et celles de Trafalgar Square, un désastre. 


Archive pour juin, 2007

Par monts et par causses

Il y a longtemps qu’on avait envie de voir le Causse sous de lourds nuages gris poussés par le vent d’Ouest. Actuellement, le temps, sans être froid, est bien moyen : c’est notre moment. En route donc pour le Causse. Pas d’arrêt au Puy : on connaît ! Un petit tour autour de la Tour des Anglais, à Saugues, resto campagnard convivial et direction le parc à bisons de la Margeride. Bientôt perdus, sous un ciel désespérément bleu, -adieu nos nuages, mais, tout bien pesé, on s’en passe allègrement…-, on demande notre chemin à une mamie qu’on embarque avec nous, toute heureuse de nous y mener et de sortir un peu de son chez elle. On lui dit, et c’est vrai, que son pays est calme et beau. « Si vous voulez acheter une maison, j’en ai une à vendre. » Elle nous le glisse à l’aller et au retour, la coquine ! Si elle avait pu faire d’une pierre deux coups, de sa sortie une affaire ! Les bisons, bon, c’est des bisons ! Importés de Pologne pour réimplantation sur une de leur terre d’origine, d’accord, mais des bisons, quoi ! 

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Superbe marche d’une heure sur ce plateau de la Margeride qu’on découvrait. Des pâtures, des forêts, presque personne… Malheureusement passent quelques s… de voitures à mazout qui polluent sans vergogne notre atmosphère et irritent méchamment nos muqueuses. Discuté avec un paysan se plaignant de l’invasion de rats qui, cette année, pustulent ses prés d’espèce de taupinières bien fâcheuses pour les fenaisons futures. Pour lui, ON a dû en lâcher dans le pays. Comme ON a parachuté des vipères dans les Alpes (voir Alpes n* 29). Les rumeurs, les croyances sont tenaces et le temps du joueur de flûteau n’est pas encore révolu…  A Mende, notre petit hôtel d’il y a trente ans s’est  transformé en bar Le Krystal. Nous dormirons cette fois a l’hôtel des Remparts. Sur le Causse du Sauveterre, ensoleillé lui aussi, marche jusqu’à un petit village tout en pierres, à deux kilomètres, au milieu de cette campagne à l’herbe courte parsemée de buissons d’églantine dont il ne reste que les fruits rouges, de bouquets de buis roussissant et d’énormes blocs de pierres rassemblés en tas pour faciliter les travaux agricoles. Ici, je me sens en parfaite harmonie avec le paysage, avec le pays. Correspondance. Rien ne me heurte. Ni les lignes -douces courbes, collinettes, dolines-, ni les couleurs -rien d’agressif, des roux, des bruns, des verts-forêts, toutes sortes de gris minéraux, le bleu pastel du ciel-, ni les bruits -bêlements de brebis, pépiements d’oiseaux, tristes croassements de corbeaux-. Je crois que je pourrais -qu’ on pourrait- traverser le Causse à pied, en prenant notre temps ; notre âne si doux porterait notre gîte et nos maigres bagages. Croisé presque sous nos pieds, qui traversait imprudemment la route… un scorpion. Petit, noir, mais fier de sa force. Comme je voulais le pousser sur le bord avec mon bâton pour assurer sa survie, il redressa aussitôt sa queue et sortit ses deux petits crochets tout blancs. En garde ! Je l’aurais bien ramené pour nos deux scorpions du Verdurier mais pas de boite sur nous. Et Mie n’a pas voulu le garder jusqu’à la voiture dans sa petite main douce. A Sainte-Enimie, un aperçu du désastre de la semaine dernière. Tous les magasins les plus proches du Lot, pourtant au moins dix mètres plus hauts que le niveau normal de la rivière, ont été ravagés. Ils sont vides, portes grandes ouvertes pour évacuer l’humidité. L’eau a frôlé le premier étage des maisons. Ce devait être affolant de voir et d’entendre toute cette eau dévaler en furie la vallée encaissée. Et les riverains, impuissants, qui devaient suivre pas à pas sa montée inexorable et compter l’énormité des dégâts. Qu’ont-ils pu sauver en priorité à l’annonce de l’inondation ? A Chenebeyres, si le feu se déclarait, que sortir en premier du brasier naissant ? Des vieilleries ? Nos « archives », anciennes et actuelles : nos « vieux » et nos albums photos ? C’est vrai que nos aïeux sont devenus présents comme partie de la famille et qu’on aurait peine à recommencer leur quête… Et si nos photos brûlaient, n’est-ce pas une partie de nous qu’on verrait s’envoler en fumée ? Mais relativisons : je suis sûr qu’on pourrait vivre sans. Et il nous reste quand même un peu de mémoire pour nous souvenir… 

Au réveil de ma sieste sur le Causse Méjean, plus de Mie. Rien à l’horizon, pourtant dégagé. Tel le petit Poucet, je grimpe sur un gros rocher pour voir au loin. Toujours rien. Mais bientôt la voilà qui émerge d’un petit vallon voisin. Elle a dû monter sur la colline, ma biquette ardéchoise, pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. A-t-elle aperçu ou rencontré le gros méchant loup noir, là-haut, elle qui n’a même pas pris la précaution d’emmener mon bâton pour se défendre ? Sans doute pas, car je la vois revenir tranquillement, souriante, traversant creux et bosses du causse. Effectivement, elle a fait sans moi –tant pis pour toi, vieux dormeur !- sa marche vespérale, gravissant la colline, -caussarde mais pas cossarde !- sans voir le loup. Et comme j’étais content maintenant, de la voir, toute fraîche, épanouie, et de l’entendre, heureuse, me raconter son expédition…

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Encore des routes désertes, et toujours ces paysages doucement vallonnés, ces champs d’herbes sèches et de cailloux, parfois une ferme grise trapue à toit de lauzes, un troupeau de moutons frisant clair à contre-jour, et même des chevaux de Przewalski prétés, donnés par des zoos pour tenter le repeuplement dans ces espaces infinis. Les derniers chevaux sauvages nous dit WWF qui s’occupe de leur survie : il n’en reste plus que mille dans le monde. 

Dodo à Marvejols après avoir flâné dans la Rue Droite, d’une porte fortifiée à l’autre. Mais la chambre de notre hôtel de la Poste donne sur la N 9. Et dès potron-minet, bonjour voitures et camions !

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Ce matin, les nuages sont là ! Mais à la même hauteur que nous. On est DEDANS. Visibilité réduite. L’Islande… Non, pas l’Islande ! L’Aubrac. Pourquoi se chercher des rappels, des références, des ressemblances. Profitons de notre Aubrac dans la brume, de ses horizons estompés, de ses bouquets d’arbres fuyants, de ses vaches fauves et de ses énormes taureaux surgissant de nulle part, de ses clochers s’évanouissant aussi vite qu’ils sont apparus…

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La brume ne nous empêchera pas de retrouver Laguiole et sa coopérative fromagère -provision de tome fraîche pour nos aligots d’hiver-, et encore moins d’en savourer un excellent chez Régis, le spécialiste de la place.

causses944bis.jpgLe retour sur Chenebeyres sera sans fioritures si ce n’est une halte dans les deux très belles églises romanes de Sainte-Urcize (son et lumière pour nous tout seuls) et de Saint-Alban-sous-Limagnole. Quels jolis noms ! 

Le fer à repasser

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En fait, on devrait dire LES fers à repasser. Ils allaient toujours par deux. Pendant que la maman utilisait l’un, l’autre se réchauffait sur la plaque du fourneau. Je les ai toujours vus fonctionner ainsi, en équipe, aussi bien chez mes parents que chez mes grands-parents. Et à part de travail égale ! Pour les attraper sur le fourneau, et ensuite pour les manier, la maman utilisait un chiffon pour isoler la main du métal car ils étaient évidemment brûlants. De nos jours, ce bout de chiffon serait une « manique » mais je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu ce mot à l’époque. 

Pour juger de la chaleur de son fer, la maman le retournait et envoyait quelques postillons sur la semelle bien lisse. Selon qu’ils se vaporisaient instantanément en grésillant, qu’ils roulaient un moment comme des billes avant de disparaître ou qu’ils s’attardaient mollement, elle savait quelle sorte de linge elle pouvait repasser. C’était son thermostat. Enfant, il arrivait qu’on touche la poignée du fer. Désir de faire comme la maman ? On le touchait une fois, pas deux ! Aïe ! On s’en souvenait suffisamment longtemps pour ne pas recommencer ! 

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Plus tard, progrès oblige, le fer à repasser électrique est arrivé. Plus besoin l’été d’allumer le fourneau ou d’allumer les plaques du réchaud à gaz pour repasser. Plus pratique aussi, plus souple d’usage, température toujours égale et sans trop de surprises. La maman y trouvait son compte. Les tissus aussi qui ne prenaient plus de coups de chauds intempestifs !

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