A Rhodes et autour

Du 20 mai au 3 juin 1995

Notre Boeing 737 de la Corsair nous emmène vers Athènes. On reconnaît au passage le lac d’Aix-les-Bains, Chambéry, le Mont-Blanc, Turin, Bari, Corfou, et le théâtre d’Epidaure qu’on a tout le loisir d’admirer puisqu’on tourne autour pendant vingt minutes, le temps à la piste d’Athènes de se dégager…  Depuis l’an dernier, on sait qu’il nous faut prendre le bus 90 (ou le 91) pour rejoindre l’aéroport national. Longue attente, trop longue attente pour les avions de nos îles.

RHODES

« Dix bus par jour de l’aéroport à la ville » disait le Routard. Mais sans donner les horaires. Une heure et demie, on l’a attendu, ce satané bus ! Quand il fut enfin là, le soleil était parti, lui, et il faisait carrément nuit. Bien sûr, on aurait pu prendre un taxi, mais on se disait que notre bus allait arriver, qu’il était là, derrière le virage proche, qu’un bon routard doit savoir prendre le temps d’attendre et qu’il se doit d’utiliser les transports en commun locaux… 

On entamera notre premier gyros-pita le soir-même mais on ne découvrira la vieille ville entourée de ses remparts que le lendemain.

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Les rues étroites aux anciennes petites maisons turques, les deux ou trois minarets encore debout, le quartier des Chevaliers -palais des Grands-Maîtres, hôpital, rues médiévales-, valent certainement le détour.  Pour notre moussaka du soir, on tombe par hasard dans une taverne dont le patron, un Grec, parle un peu le français. C’est lui qui nous pilotera en toute confiance chez SON ami loueur de voitures. Notre tour de l’île se fera donc dans une Cinquecento presque neuve. Méfiance quand même, matériel italien ! Soyons honnêtes, on n’a pas eu de problèmes pendant ces trois jours. Beaucoup de petits villages tout blancs aux portes, fenêtres et boiseries peintes en vert, bleu, marron. Le cafeneion et ses petites tables en bois tient toujours sa place, centrale. Et l’église aussi, avec ses icônes dorées, ses lustres à pendeloques et breloques, ses cierges et ses petites lampes à huile que j’adore. 

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Une nuit à la campagne, à Siana. La paix du soir sur notre balcon. De l’autre côté de la place discutent sans fin les hommes de ce village reculé autour de leur ouzo, de leur café grec ou simplement de leur verre d’eau, les grains du komboloï roulant constamment entre leurs doigts. Au matin, frugal et tout simple petit déjeuner ; du café et un yaourt du pays au miel. Les bons moments du voyage. Sans rien de spécial à voir. Tout à sentir, à vivre, à laisser vivre. image24.jpg 

Passage à Lindos, autre haut lieu de Rhodes, une dernière nuit chez UN AMI de notre tavernier - »tsss, tsss, tsss, faites-moi confiance ! »- dans une petite maison du quartier turc, et au quatrième jour, embarquement pour Cos sur le Dimitra.

COS

A l’arrivée du bateau, on se fait « pêcher » par une super petite bonne femme qui nous emmène dans sa pension en discutant sans arrêt en anglais. Le Routard nous disait son accueil chaleureux, et c’est bien vrai. Quand on partira, elle nous offrira le café grec avec des gâteaux de sa fabrication et on arrivera à discuter pendant une demi-heure. Comment ? Mystère, mais on a compris qu’elle fut prof, que sa fille l’est, on lui a dit qu’on l’était, que nos enfants le sont, on a su qu’elle venait d’un petit village de la montagne où nous étions passé la veille et qu’elle nous donnerait la clé de sa maison de là-haut si on revenait à Kos. Tout, quoi ! A l’Asclépieion, aux portes de Kos, nous avons gravi des escaliers et marché parmi des colonnes, des murs, des vasques en pensant à Hippocrate, le patron des médecins, dont on a appliqué ici les théories et les méthodes et qui lui-même enseignait à l’ombre du dieu Asclépios (Esculape). Après ce pèlerinage, sera-t-on encore malade ? 

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Tout au bout de l’île, un superbe monastère déserté, minuscule, touchant de simplicité dépouillée, son inutile cloche accrochée à une branche d’arbre voisine pour appeler d’hypothétiques fidèles, seul dans cette lande de bout du monde, seul face à la mer « éternellement recommencée… » Un instant d’éternité… laisser houler la mer, laisser souffler le vent. Ou l’esprit… Dans la montagne, une route de terre complètement défoncée. Des ornières comme des tranchées, des nids de poule comme d’énormes trous d’obus. Un kilomètre, deux, en espérant une amélioration. Puis abandon. Je ne veux pas me retrouver comme Bourvil au milieu des pièces éparses de sa Deudeuche, au début du Corniaud ! J’avais encore ce jour-là du matériel italien, une Panda cliquetante. (Je suis vraiment anti-italianiste primaire quant à leur matériel industriel !)  Sur le port de Cos, rencontre avec une jeune Canadienne qui s’offre une année de découverte du monde. Elle cherche et trouve des petits boulots lui permettant de vivre. Ici, elle fait de la retape pour un bateau proposant balades, pêches sous-marines, barbecues sur des plages désertes. Nous lui avons parlé de nos Asiates. Son rêve…

PATMOS

Notre ferry Rodanthi quitte Kos tard dans la soirée. Escale à Kalimnos. Merveilleux ! Nuit noire, la petite ville qui se rapproche, étalée à flanc de colline, lampadaires des rues, des quais, fenêtres des maisons éclairées comme quand on mettait un sou dans le tronc de la crèche de Noël de notre vieille église de Valbenoîte, l’animation du port à l’arrivée du bateau, le calme qui revient après son départ, et tout qui lentement s’estompe, qui s’efface au fur et à mesure qu’on s’enfonce à nouveau dans la nuit, qu’on regagne notre domaine, la mer. Cette vision, était-ce un rêve ?  Une heure du matin : l’arrivée à Patmos est moins féerique, la ville est plus horizontale. On se fait « pêcher » par une loueuse de chambres. Le magique, il est pour le matin : notre hôtel est au bord de la rade. Les bateaux multicolores des pêcheurs, le port de Skala, et le monastère de Saint-Jean, tout là-haut, au sommet de la montagne. C’est dimanche. Pétaradant sur notre « vespa » Honda, on montera jusqu’à la grotte où Saint-Jean a écrit son Apocalypse. Maintenant, une chapelle la prolonge. C’est juste la fin de l’office. Ambiance extraordinaire ; le pope psalmodie, un petit groupe de jeunes, uniquement des hommes, chantent, mais complètement détendus, souriants, discutant au besoin avec les gens qui sans arrêt circulent, embrassent des icônes, allument un cierge, se signent à l’envers, mangent religieusement un morceau de pain qu’ils prennent dans des corbeilles posées ça et là. Je serais bien resté plus longtemps dans cette atmosphère irréelle baignée d’odeurs d’encens, de cierges brûlés, de lumières douces, de chants envoûtants. D’autant plus que je ne risquais pas de me faire expulser vu qu’à l’entrée, on m’avait prêté une espèce de bas de survêtement-pyjama pour enfiler sur mon short. 

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Notre Honda nous montera jusqu’au sommet de l’île, à Chora où on se perd parmi les ruelles de maisons blanches, les placettes, les chapelles, les escaliers… Pourquoi tous ces murs blancs nous fascinent ? Immaculée pureté chaque année retrouvée, désir de se fondre dans cette blancheur toujours renouvelée… Par contre, le monastère m’est refusé, short trop court !

SAMOS

Pas de ferry quotidien pour Samos. Un hydrofoil nous y emmène donc. Plus rapide, certes, mais pas de vie à bord, pas de pont, pas d’ambiance de voyage. Il nous pose à Samos. Pour une fois, la seule, on veut vraiment une pension du Routard, un ancien couvent qu’ils disent, cour fleurie avec préau à arcades, « tout pour vous réconcilier avec Dieu. » Il est environ deux heures, une taverne ombragée par des tamaris, je m’y pose avec les bagages et un ouzo et Mie part en chasse, « dans une rue perpendiculaire au port. » Au bout d’une heure, elle revient… Rien. Personne ne connaît ni la rue, ni la pension ! On cogite, l’ouzo aide, on regarde les cartes pour s’apercevoir enfin qu’on est bien à Samos-île mais pas à Samos-ville qui est située sur la côte nord alors qu’on a abordé l’île par la côte sud. L’hydrofoil nous a déposé à Pythagorio, jolie petite station où on reviendra d’ailleurs finir notre séjour à Samos. Quelle histoire ? Le bus pour rejoindre Samos-villc, à une quinzaine de kilomètres, part dans une dizaine de minutes. On monte la grand-rue en vitesse, suant et soufflant sous le poids de nos sacs, mais on a tort de se presser ; ici, on est en Grèce, le bus aura bien ses vingt minutes de retard ! Et notre gyros-pita de midi encore plus, qu’on mange à quatre heures ! A Samos-ville, Mie trouve enfin la pension. Mais pas facilement. Les quelques plaques de rues notées le sont en lettres cyrilliques… On n’est cependant pas déçus. A deux pas du port, de la ville, un havre de calme, de paix, de sérénité laissé, légué par les sœurs Bénédictines de Lyon. Notre voiture sera cette fois une petite Jap, une Daihatsu. Elle nous conduira dans de merveilleux petits villages de la montagne, dans de reposants monastères isolés, dans quelques agréables petits ports blottis au cœur de régions tantôt boisées, vertes, presque fraîches, et tantôt rocailleuses, pelées, arides. 

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Sous les ombrages de la cour d’une taverne d’Ormos Marathocampos, en fond sonore, les inévitables bouzoukis. Mais cette fois, la voix grave et modulée de la chanteuse sort du commun. L’aubergiste nous écrit sur un bout de journal que c’est Maria Farandouri qui chante des mélodies de Théodorakis. Son disque reviendra dans nos sacs, il nous rappellera cette douce soirée du bord de mer.  Achat de petites bricoles dans une boutique du bord de la route tenue par un américain. A peu près de notre âge, il a servi un temps dans une base aérienne en Champagne et parle un peu français. II est marié à une  fille du pays. « D’où êtes-vous ? -Saint-Etienne ? -Foot-ball ! » C’est la deuxième personne qui me parle de nos Verts des années fastes. Déjà, à Rhodes, dans une taverne, un Suisse de Lugano… C’est incroyable comme une équipe sportive peut faire connaître durablement une ville, au moins son nom. C’était pourtant il y a vingt ans. Jeunes Verts d’aujourd’hui, participerez-vous demain au bon renom de notre ville ? En empaquetant nos lampes à huile, il me questionna aussi : « Chirac ? Good ? » Devant ma mine pas très enthousiaste « Maybe… a-t-il ajouté. -Maybe, ai-je répondu… » Et il a continué à faire ses paquets. Retour à Pythagorio pour nos derniers jours dans les îles. Beaucoup de monde le soir dans la grand-rue, sur le quai et aux terrasses des cafés et des tavernes du port. L’extraordinaire, c’est que sur dix personnes croisées, neuf au moins sont Scandinaves. Au sortir de son interminable hiver, le Danois, le Suédois ou le Finlandais est assuré de trouver ici soleil et chaleur. Et la mer, d’une température agréable. La preuve ? Je me suis baigné. Déjà la veille, Mie m’avait fait envie, à la voir s’y prélasser, apparemment pas frigorifiée. Alors, le dernier jour, hop ? je l’ai accompagnée. Ce fut bien agréable. On devait quitter Samos le samedi matin à sept heures dix. A la demie, toujours aucun avion sur la piste. Enfin le voilà au loin, ronronnant du bruit de ses deux hélices, qui arrive d’Athènes. Débarquement, embarquement, on décolle à huit heures. Oh ! Ces heures d’attente en aéroport ou dans les avions ? Déjà, on avait attendu une heure à Athènes dans l’avion de Rhodes. Ce soir, on attendra une heure de plus que prévue dans la zone d’embarquement, puis encore une heure dans l’avion, au sol, et encore un quart d’heure en bout de piste avant de décoller. Avec le survol d’Epidaure de notre arrivée en Grèce, ça fait pas mal ! A Athènes, le nouvel aéroport des charters n’est pas très accueillant ; peu de sièges en regard de la foule présente, un bar et une boutique roi et reine de l’arnaque, et pas de consigne à bagages. Il nous faut pourtant attendre jusqu’au soir à six heures. On laisse nos sacs sous surveillance amie pendant que nous irons faire une petite virée en ville. Les vieilles rues du Plaka, l’Acropole vue d’en bas, et les halles, qu’il faut voir ! En se baladant parmi les côtelettes de toutes sortes alignées sans trop de précautions sur des étals en bois, les quartiers de viande tripotés par des bouchers cigarette aux lèvres, les carcasses d’agneaux dégoulinantes de sang, les cuisses de poulets entassées dans des cartons, on pensait aux conditions d’hygiène draconiennes imposées chez nous, à nos copains fromagers par exemple. Un petit coup de métro et nous voilà au Pirée. « C’est mythique », disait un français dans le bus. Autrefois symbole de départs vers des destinations lointaines et orientales, aujourd’hui, surtout plaque tournante des relations grecques inter-îles. Dernier gyros, dernier regard sur l’Acropole, sur la ville.  Embarquement. Décollage. Il fait nuit. Au loin, les lumières grecques s’estompent. Déjà, celles des ports italiens de l’Adriatique. Quelles îles pour l’an prochain ?

 


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5 commentaires

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