Margeride-Aubrac_1997

Lundi 4 août. 

Quatre jours pour une escapade sur deux plateaux qu’on aime, Margeride et Aubrac. Des pays que Bill, mon fils, a traversés sac au dos et bâton en main dans sa route vers Saint-Jacques. Il nous a noté des points forts sur les cartes : on marchera parfois sur ses traces. 

Des lieux privilégiés jalonnent le début de son chemin et du nôtre : l’église de Saint-Christophe-sur-Dolaizon globalement grise nais rehaussée de pierres teintées d’ocre, de pourpre, de bronze, de vieux vert, celle de Saint-Privat-d’Allier, sur son piton dominant le village, la chapelle de Rochegude qui surplombe la vallée. 

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On descend à Prades chercher un pont pour traverser l’Allier et nous voilà déjà à Saugues, porte des grands espaces du Gévaudan et de la Margeride. Jusqu’à Grandrieu, à vitesse tout petit v, on serpente entre paisibles pâturages aux formes douces et forêts de résineux sans doute cafis de bolets à la bonne saison. Peut-être serait-il intéressant de lancer une expédition-cueillette d’automne depuis notre camp de base de Chèn’. 

Un gentil petit hôtel de campagne nous accueille à Grandrieu, gros village du plateau. Il est encore temps d’aller marcher un peu sur les hauteurs. On passe juste sous le Roc de Fenestre. Envie d’atteindre son sommet, qui ne nous paraît pas trop lointain. Quelle agréable marche sur ce chemin qui serpente entre des herbages sauvages parsemés de quelques pins ! Les vaches sont quasiment en liberté dans leurs immenses enclos. On croise un jeune paysan qui rentre à la ferme tenant dans ses bras un veau d’à peine deux ou trois heures, nous dit-il. La jeune mère suit, un peu désemparée : c’est la première fois que pareille aventure lui arrive ! 

Bientôt, nous arrivons sur une sorte de vaste plateau avant le sommet rocheux final. Presque plus d’arbres, seulement des arbustes rabougris ça et là, de l’herbe fraîche, des fleurs le long du sentier que longe un ruisseau, absolument personne, le silence presque absolu, quelques frêles chants d’oiseaux, ciel bleu, sûr qu’un coin de paradis doit ressembler à ça… Peut-être avec quelques palmiers en plus… 

Mais il se fait tard, nos forces et la nuit prochaine ne nous permettront pas d’atteindre le sommet. Pas d’importance, ce moment édenien suffira à notre bonheur du jour. 

Ce soir, une chorale de Montpellier offre son récital de chants religieux en l’église du village, pleine de monde pour l’occasion. Les notes s’élèvent et résonnent sous la voûte romane. Ces chants, ces voix pures, ce silence religieux et recueilli, ces murs centenaires de vieilles pierres grises appellent au mystique. La religion chrétienne demande cet environnement. 

On rentre tard, sans bruit, pour ne pas réveiller la colonie de quatre ou cinq mamies qui prennent ensemble leurs vacances à l’hôtel. 

 

Mardi. 

On abandonne notre belle voiture toute neuve juste après Saint-Paul-le-Froid pour marcher sur une route presque déserte, main dans la main, mon bâton dans l’autre, bien sûr ! Si on rencontrait un loup, un tigre, un phacochère, ou un descendant de l’affreuse bête du Gévaudan, avec quoi défendrais-je ma belle ? 

Au loin, à trois kilomètres, le clocher de Chayla, notre but. Il est sensiblement à la même altitude que nous, une large cuvette nous en sépare, pâturages, petits bois, une rivière au plus bas de la dépression et la route qu’on voit musarder, descendant et remontant jusqu’à lui. Que va-t-on trouver dans ce village ? Je pense à Bill qui a dû en voir apparaître, des clochers, au cours de ses journées de marche. Quelqu’un aura-t-il envie de parler, pourra-t-on entrer dans une épicerie, un bistrot ? Des chiens japperont-ils à notre arrivée, ou pire, montreront-ils les crocs ? Des rideaux bougeront-ils imperceptiblement sur notre passage avec des yeux cachés derrière qui nous regarderont passer sans vouloir se montrer ? 

A l’entrée du village, un jeune en train de rejointoyer les murs de sa ferme. Je le regarde travailler quelques secondes et j’engage la conversation, technique : matériaux, matériel… Son père arrive, notre âge, on blague bien un quart d’heure, de tout, de rien, de leur travail à la ferme, du nôtre avant, de nos quartiers difficiles, de la vie ici… Plaisir d’échanger quelques phrases anodines mais essentielles. 

Il faut monter dur jusqu’en haut du village pour trouver l’église. Sur le porche, le Mémorial de 14-18 avec les photos sépias des pauvres gars fauchés là-haut, dans l’est, en pleine jeunesse, à Verdun ou à Craon. Ils sont bien une dizaine, chiffre énorme pour un si petit village, à ne pas avoir revu leurs paysages aimés. 

Comme ma Mie est un peu fatiguée et qu’il ne faut pas trop tirer sur la corde, je la laisse Chez Huguette devant une tasse de café et je repars seul chercher la voiture, trois kilomètres à vitesse presque sportive. 

A Châteuneuf-de-Randon, souvenir de Du Guesclin qui y trépassa, terrassé par une congestion pulmonaire en plein mois de Juillet. Pauvre homme : sur la route du rapatriement dans sa Bretagne natale, on abandonna ses entrailles au Puy, sa chair à Montferrand, ses os à Saint-Denis pour finalement conduire seul son cœur à Dinan. C’est pas une vie pour un mort d’être ainsi dispersé aux quatre coins du pays et d’avoir à rassembler tous ses morceaux pour revivre son passé ! 

A Mende, encore un coup de chance, un récital d’orgues est donné en la cathédrale, voix célestes et, boum, boum, boum, basses ronflantes. Majestueux… 

 

Mercredi. 

Aumont-Aubrac abandonné dans sa vallée, les dernières forêts accrochées aux pentes du massif traversées, voilà l’espace, voilà la solitude, voilà le silence, voilà l’Aubrac…

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Chut ! L’Astra l’a compris qui ronronne doucement, ayant d’elle-même réduit sa vitesse. Rien à expliquer. Il faut par soi-même suivre les petites routes pour comprendre, s’arrêter, regarder, sentir, repartir. Et marcher. Ce qu’on fera sur une draille légèrement montante parmi les pâtures piquetées de petites fleurs frêles mais solides des montagnes. 

Aujourd’hui, notre bonheur est là, dans ces prairies sauvages infinies. 

 

L’Aubrac, c’est un pays magique où, simplement en levant le bras, tu peux toucher le ciel, et donc l’infinité. 

 

 image52.jpg Après l’orage…

Je n’échangerai pas, je le jure, notre casse-croûte du Moulin de la Folle, sur un chemin désert dominant les étendues ouvrant au rêve contre un repas mitonné par Troigros. (Tous comptes faits, je prendrais bien les deux !) 

Le soir, dans la vieille église de Sainte-Urcize et grâce à une toute petite pièce de dix francs, Mie enchanta l’assistance présente d’un son et lumière divin. On pouvait alors monter dormir tranquille sous les toits de la chambre d’hôtes de chez Valette, au cœur du village. 

 

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Jeudi. 

 Jusqu’à Laguiole, encore une route des Merveilles comme on en trouve quelques-unes sur le plateau. Là, visite, dégustation et provision de tome à la Coopérative, un aligot sur la terrasse d’un bistrot de l’intérieur du bourg où j’apprends par des clients discutant au comptoir que le champion local n’a perdu que de 9 quilles devant le champion de France. J’aurais bien aimé assister à ce tournoi de quilles. 

La route du retour, par Fournels, sera moins prenante, on a trop de belles images dans la tête. 

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A Saugues, on boucle notre circuit, notre demi sur la même terrasse de bistrot qu’à l’aller, voilà trois jours, encore agressés par les guêpes, féroces et multiples cette année.

 


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