Saint-Etienne-de-Chigny (37)

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De longue date, à Saint-Etienne-de-Chigny comme en de nombreux autres endroits dé la vallée, les parois verticales de roches tendres dominant la Loire ont été creusées de cavernes puis d’habitations troglodytiques. 

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Ce doit être drôle d’habiter ce genre de maisons. Se mettre à la fenêtre de son trou de falaise pour regarder s’agiter le monde d’en bas doit avoir son charme et peut-être voit-on la vie avec l’œil plus détaché et plus philosophe de l’ermite qui vit caché dans son inaccessible refuge… 

S’y sent-on revenir à l’âge des cavernes ? Certainement pas dans les faits, avec tout le confort moderne qu’on a du y apporter. Mais dans la tête ? 

Et puis, si la famille s’agrandit et que la nécessité d’avoir une chambre de plus se fasse sentir, ou si on a besoin d’un nouveau placard ou d’un renfoncement dans le mur pour loger le congélateur qu’on vient d’acquérir, vite, on saute sur son burin et sur son marteau ! 

Sans compter que l’hiver, la terre doit rendre la chaleur qu’elle a emmagasinée durant l’été, et l’été la fraîcheur de la saison plus froide. 

Suppositions que tout cela, je n’ai interrogé personne ici qui vive cette vie-là ! 


Archive pour avril, 2007

Saint-Etienne-des-Guérets (41)

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Tout petit village. Un carrefour et une maison dans chacun des angles. 

 

Comme les vaches, j’adore regarder passer les trains. Etre bloqué à un passage à niveau n’est jamais une punition. Une attente. Que va-t-il arriver ? Un lent convoi de wagons de marchandises allant livrer sa cargaison hétéroclite on ne sait où, une Micheline presque vide emmenant pour la journée ses quelques voyageurs travailler ou faire des courses à la ville prochaine, un express aux larges fenêtres dont on n’a le temps de distinguer ni les plaques blanches indiquant la provenance et la destination, ni les voyageurs, hommes d’affaires pressés, grands-parents allant rendre visite à des petits enfants trop lointains à leur gré, militaires rentrant de permission, jeunes mariés en partance pour leur voyage de noces, vieux amoureux voulant revivre des impressions ferroviaires anciennes… 

A cinq ou six kilomètres à l’Ouest de Saint-Etienne-des-Guérets passe le TGV Atlantique. Occasion trop belle d’aller le voir filer. Sa voie, rectiligne et nue, passe sous la route. Longue, longue attente sur le petit chemin au pied du pont. Ce spectacle se mérite ! Et puis, venant de loin, un, deux kilomètres, un léger sifflement, indistinct… Un point blanc à l’horizon, c’est lui, qui grossit, qui grossit… Le ronflement qui s’amplifie… Il fond sur nous. En dix, quinze secondes, il est là, de l’autre côté du grillage… Le souffle ! Instinctivement, obligé de reculer… Le temps de reprendre ses esprits et le voilà déjà loin…

Brésil 2004 (2)

Lundi 1er mars 

 

Toujours Macéió. Pendant que Bill va prendre possession de la voiture de location retenue, je flâne sur la plage. Le spectacle est au bord de l’eau. Deux groupes de gars séparés de cinquante mètres tirent des filets. En fait, je m’aperçois que c’est un seul filet qui fait une large boucle dans la mer que chaque groupe tire à lui. Petit à petit, les groupes se rapprochent et le filet est bientôt hors de l’eau. Ça frétille mais la pêche n’est pas miraculeuse. De quoi se régaler entre amis, sans plus. Une soupe ? Des grillades ? En sauce comme on le voit souvent au Brésil ? 

Après avoir longé le « Estadio Rei Pelé », on prend la route du sud qui tantôt longe la mer, tantôt s’infiltre un peu dans une campagne verdoyante. Grands champs de canne à sucre, cocotiers, prairies bordent la route. Etape dans une petite ville, Maréchal Deodoro. Nom bizarre sauf quand on apprend que c’est là que naquit Manuel Deodoro de Fonseca qui proclama la République du Brésil et dont il en fut le premier président en 1889. Toute douce, cette ville, avec deux ou trois belles églises dont une qu’on avait repérée de loin, juchée sur l’extrémité d’une colline. Sur le bas de la ville, une vogue comme on n’en voit plus de par chez nous depuis longtemps. Je me revoyais à Saint-Marcellin pour la Pentecôte ou à Saint-Just pour le dernier dimanche de juillet. Cygnes et chevaux de bois, petites voitures et camions pour les gamins, balançoires, je n’ai pas vu de caques-vaques (c’était le nom chez nous du carrousel volant)…

Une pancarte vantant la beauté du Lac Bleu nous attire. Charmant dans son écrin dense de verdure. Bill y plongea. Nous n’étions que tous les deux. 

Plus tard, encore quasiment seuls, on retrouva la mer, bordée de vergers de cocotiers. On se fit même admettre dans une espèce d’immense domaine privé pour casser la petite croûte de la mi-journée. Clôture, portail de fer, gardien, montrer patte blanche. On nous laissa cependant entrer sans inscription ni passe-droit, au simple vu de notre bonne mine. 

Bill avait quelques scrupules à réveiller son vieux père pour le bus de minuit qui devait nous conduire jusqu’à Salvador. Il avait bien tort. Quand j’ai sommeil, je dors n’importe quand et n’importe où. Je le fis dans le bus jusqu’à tôt le matin. C’était un super bus quant au confort -siège couchette, repose-pieds, appuie-jambes-, mais il ramait, il ramait, on le sentait dans ses reprises quand la route devenait pentue. On devait arriver à dix heures, on découvrit Salvador à midi et demi ! Qu’importe ! 

 

Mardi 2 

 

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La journée était donc bien entamée quand Bill m’emmena au restaurant de l’école hôtelière de Salvador. La classe ! Garçons et serveuses en grande tenue blanche à côté de nous, un peu fripés, quand même ! On paie son écot à l’entrée, et après, goûte à tout ce que tu veux. Dans les bacs, beaucoup de plats à base de riz, de manioc, de viandes, de poissons, de crustacés. Mais le top, c’était les sauces qui les accompagnaient. Epicées mais pas fortes. Rien à voir avec le piment de Manaus ! Douces et parfumées. En plus des épices locales, quel est le secret ? L’huile de palme ? Le lait de coco ? Un délice. J’ai repris de certains plats uniquement pour la sauce. Ne parlons pas du plateau de dessert, généreux et goûteux, à base de fruits du pays ! 

Après une brave sieste réparatrice du voyage nocturne, balade en ville. Un coup d’ascenseur géant et le port, dans la ville basse. Sans cachet spécial. Retour en haut et flânerie dans le Pelourinho, le quartier ancien de la ville. Dans le même style que Olinda, mais pas comparable. Ici, plein de monde, plein de touristes. Et plein de flics. Impressionnante, la présence policière dissuasive. On arpente et réarpente les rues pavées souvent pentues, on s’arrête aux échoppes de souvenirs, on fait les badauds. Et on n’oublie pas de s’asseoir à une terrasse de bistrot pour boire une bière ou déguster la caipirinha. Parce que la caipirinha, je n’en ai pas encore parlé, mais c’est l’institution du Brésil ! Au moins une fois par jour, on sacrifie, bien volontiers, à son rite. C’est comme le pastis à Marseille. Ça ressemble au ti-punch, mais ce n’en est pas : c’est la caipirinha ! Une recette ? 6 cl de cachaça (alcool brésilien proche du rhum blanc), un citron vert, une cuillère à soupe de sucre et de la glace. Et on sirote lentement avec une paille, les doigts de pieds si possible en éventail. 

C’est surtout la nuit que s’anime le Pelourinho. La musique prend le pouvoir dans les rues et sur les places, surtout les mardis, après les messes de six heures dans différentes églises. Vers les dix heures, les tambours entrent en scène. Un groupe d’une bonne vingtaine se déplace dans le quartier au son de rythmes qui résonnent dans votre poitrine et vous remue le cœur. La foule suit, dansante. Des gens les attendent sur leur passage. Ce n’est que tard, ou tôt le matin, que la ville retrouve son calme. Salvador est la ville de la musique. Avant les tambours, nous nous sommes assis sur la volée de marches d’une église pour écouter un orchestre jazz : saxo, trombone, guitare, batterie… Super !

 

Mercredi 3

 

Départ pour Rio. A l’aéroport, devant moi qui attends en gardant nos bagages, une douzaine de Brésiliens. Quatre des leurs, des jeunes, vont partir. Travail ? Tourisme ? Je ne sais. Mais quelles effusions avant le départ ! Emotion. La séparation paraît vraiment douloureuse. Embrassades, étreintes, mains dans le dos qui apaisent, qui câlinent. On dirait une rupture définitive. Quand enfin les partants se sont éloignés des restants et passent la dernière porte, là-bas, au contraire, de tout petits signes discrets de la main presque imperceptibles.

Rio ! L’aéroport du Galeão est assez loin du centre : taxi. Bill avait oublié son beau chapeau de Maceió dans l’avion. Vite chez Varig la compagnie qui nous véhicula. Chapeau repéré, lui dit-on, chapeau localisé, chapeau retrouvé. On peut donc gagner le centre de Rio, et plus particulièrement la rue Paysandu et son hôtel éponyme. Belle rue que cette rue à deux pas de la plage de Flamengo. De chaque côté, montant des trottoirs, de hauts cocotiers atteignent presque le sommet des immeubles soignés qui la bordent, immeubles par ailleurs généreusement clôturés de grilles métalliques et souvent surveillés par un gardien, en plus de la protection du portier électronique. Rien de mieux pour découvrir la ville et son site merveilleux que de monter au Jésus du Corcovado. Taxi plutôt que le funiculaire : notre temps est compté ! C’est vrai que Rio s’est construit sur un site féerique exceptionnel. Les immeubles, généralement hauts, occupent toutes les surfaces planes de la baie et des bords du lac Rodrigo de Freitas. Quatre ou cinq plages immenses -Leblon, Ipanema, Copacabana, Botafogo, Flamengo…- ourlent la ville de leurs rubans dorés de sable et blancs d’écume. Les favelas grimpent à l’assaut des collines pas trop abruptes ou rocheuses. Et ces « pains de sucre » inattaquables par l’urbanisme, justement trop escarpés et trop rocailleux, posés ça et là, qui aèrent de gré ou de force l’espace urbain. Spectacle magique, de surcroît bonifié par la dégustation d’une caipirinha d’altitude. 

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De retour à l’altitude zéro, longue marche sur le bord de la plage de Leblon, à la nuit tombante, les favelas d’Irmãos ponctuant le flanc de leur colline de lumières pâlottes s’allumant tour à tour. 

Flamengo joue ce soir au Maracana. Bill a bien envie d’assister au match. Je l’y laisse aller seul, le coup d’envoi à 22 heures me décourageant un peu. Mais promis, demain j’irai voir Fluminense avec lui. Fla-Flu, c’était le match mythique de ma jeunesse, LE derby de Rio, LE match brésilien par excellence.

 

Jeudi 4

 

Un coup de métro pour rejoindre le centre ville. Comme à São Paulo, les bâtiments anciens, théâtre, opéra, mairie, églises, maisons bourgeoises jouxtent les gratte-ciel modernes. Au marché d’Uruguana, on trouve de tout et particulièrement les maillots de toutes les équipes du Brésil et même ceux des grandes équipes étrangères, Réal, Milan A.C., Manchester United, Bayern de Munich, et même celui de nos Verts. Pas vrai pour les Verts, poisson d’avril anticipé d’un mois ! 

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A midi, Bill m’emmène dans un restaurant qui propose un rodizio de viande. Il adore ! Moi aussi, mais mon appétit vieillissant ne me permet pas de goûter à leur juste valeur toutes les viandes proposées. On paie son entrée et ensuite, très souvent, un serveur s’approche avec une longue broche où ont grillé toutes sortes de viande, bœuf, agneau, porc de différents morceaux, saucisses… Ils passent et repassent jusqu’à plus faim. Par ailleurs, on peut se servir à volonté de légumes et de dessert… J’étais franc cuche quand on a dit stop ! 

La plage de Copacabana était à deux pas, on y fit un tour. Sur un trottoir, une classe bien proprette, en uniforme, encadrée par de gentilles maîtresses, sans doute pas des gamins des favelas, comme ceux qu’on croisa dix mètres plus loin, et qui traînaient, eux, leur misère et leur désœuvrement tout seuls, bien tout seuls. 

Dans les couloirs du métro qui nous ramena, une affiche m’a impressionné. Une cinquantaine de photos d’identité juxtaposées. Ce sont celles de disparus, la plupart enfants ou adolescents. Parfois, elles sont barrées en diagonale d’une étiquette d’espoir : « Localisaded ». Mais la plupart restent vierges… 

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Me voilà donc au Maracana. Inauguré en juin 1950, j’avais 15 ans, il a longtemps alimenté mes rêves. J’en voyais des images dans France-Foot et sa capacité de 155 000 places me semblait faramineuse ! En fait, le 16 juillet 1950, en finale de la Coupe du Monde, l’Uruguay y battit le Brésil (2-1) devant 172 772 spectateurs payants ! Mais des dizaines de milliers de spectateurs supplémentaires avaient escaladé les grilles, portant l’affluence totale à 199 854 spectateurs. Phénoménal ! Et en août 1963, le fameux derby Fla-Flu attira 177 656 spectateurs ! Record mondial pour un match entre clubs. Ce soir, Flu n’a attiré que 7 à 8000 fans dans ses gradins, dont au moins deux Français. On est un peu perdu, si peu nombreux, dans cette arène gigantesque. Mais ambiance-tambours tout au long du match, comme à Salvador, comme ce matin dans les rues de Rio lors d’une manifestation d’étudiants. Le tambour rythme la vie et la musique des Brésiliens. Résurgence  africaine ? Avant le match, on avait eu le loisir d’entrer dans le hall d’accueil du temple. Au mur, d’énormes photos des anciens rois du foot brésilien, Pelé, Garincha, Zicos… L’empreinte de leurs pieds moulée dans le ciment, et trois ascenseurs de grande contenance pour nous monter jusqu’au haut de la tribune centrale. Le match ? Moyen… Les vedettes brésiliennes sont actuellement en Europe, plus cher payées. 

 

Vendredi 5 

 

Tout seul sur la plage proche de Flamengo. Matin calme, doux, ouateux, par moment légèrement mouillanchant. Le Pain de sucre à droite, des sportifs qui s’échinent à trotter sur le sable, d’autres qui soufflent sous les palmiers, étirements, flexions, un, deux, un, deux, un vieux pêcheur qui passe le long des vagues, son filet sur l’épaule, des mamans ou des nounous qui promènent des bambins… Et moi qui rêvasse, assis sur le banc vide d’un marchand. A qui rêvasse-t-il, le papé ? 

Visite au jardin botanique. Plantes étranges, arbres immenses, bambous géants, fleurs rares, mais tout à coup, au-dessus de nous, le Corcovado se voile, le ciel s’obscurcit, et sans crier gare, l’orage tonne… Gouttes serrées et énormes. En moins de deux, nous voilà trempés jusqu’aux os, jusqu’aux billets qui sont dans ma poche. Je me demande si, en France, le taxi nous aurait acceptés dans un pareil état ruisselant. Séchage à l’hôtel, de nous -ni plus ni moins qu’une douche de plus-, des habits -en vérité très légers-, et des billets -plus précieux !-. 

 

Samedi 6 

 

Dernier avion brésilien de Rio à São Paulo. Départ de Santos Dumont, le premier et petit aéroport de Rio, situé juste en bordure de la ville. Gros avantage au décollage : vue imprenable face à Rio, ses plages et sa baie. 

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La pluie, comme il y a quinze jours, nous attend à São Paulo, énorme, dense, mais toujours chaude. 

Voyage sans histoire jusqu’à Paris, puis jusqu’à Lyon. Il est temps qu’on arrive, mon coccyx se réveille et me titille. Je ne lui en veux pas trop, il m’a laissé tranquille pendant ces derniers quinze jours. 

Mon plus lointain voyage se termine. Merci, mon fils, de m’avoir fait découvrir ton Brésil. Te suivant pas à pas, je me suis laissé assister et conduire comme jamais… Tu as été un guide parfait, tu as tout organisé de long temps, tout géré au jour le jour, je n’avais plus qu’à glisser mes pieds sous la table, m’allonger sur un lit moelleux, m’asseoir sur le siège d’un avion, d’une voiture, d’un taxi, d’un bus, et regarder… Voyageur privilégié, tout me tombait du ciel sans effort …Et je me suis volontiers laissé guider et protéger ! Je pense que je garderai les jours passés au bord de l’Amazone parmi les meilleurs, particulièrement à Santarém. Quoique… Rio n’était pas mal non plus, et Salvador, et Macéió, et le marché de Caruaru… Et pourquoi donc oublier Olinda, et Recife, et Sao Paulo. Oui, un bien beau voyage… 

Brésil 2004 (1)

Dimanche 22 février 

 

Sao Paulo Guarulhos. Sept heures. C’est la première fois que je pose le pied en Amérique. Chaleur moite : 23°. J’aime mais il faudra vite s’habiller plus léger : je transpire déjà. Quasiment seuls avec Bill, mon fils, dans le bus jusqu’au centre-ville. J’ouvre grand mes yeux, tout ouvert aux découvertes. A l’hôtel, changement de tenue, et vite, en ville. Petite pluie qui ne fait pas peur : légère, intermittente et chaude. Bill s’achète un parapluie, j’ai le mien. Déjà une grande place qui donne une idée de la ville : des bâtiments anciens, vieillots -un siècle ? un demi-siècle ?- flanqués de gratte-ciel et de hauts palmiers. La vie d’aujourd’hui s’ajoute à la vie d’hier apparemment sans problèmes de concordance des temps. J’imagine que le Brésil a d’autres problèmes à résoudre que de savoir si le Teatro municipal du 19ème s’accorde avec les immeubles voisins du 20ème. Les immenses palmiers, par leur intemporalité, se chargent d’unifier le disparate. 

  D’un large viaduc, nous surplombons bientôt une gigantesque et récente trouée verte, jardin public verdoyant en contre-bas du béton offert aux Paulistes. La Praça da Sé est un peu vide en ce tôt dimanche matin, de même que sa cathédrale. Un petit tour au quartier chinois et retour chez nous par le métro : il pleut un peu, encore… Après la sieste et jusqu’au soir, énorme orage. Cette fois, c’est pas de la rigolade : des trombes d’eau ! Orage tropical ! Que d’eau quand nous arrivons devant le musée ! Fermé ! C’est la semaine de Carnaval et sa Majesté veut sans doute une primauté sans partage sur les activités brésiliennes de la semaine. Que d’eau aussi sur l’avenue Paulista ! Impressionnant de découvrir à travers les rayons denses de la pluie les énormes gratte-ciel qui la bordent. 

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Dans un bar, deux gamins, six-huit ans, vendent des chewing-gums qu’ils présentent dans une sorte de couvercle de carton à chaussures. Des jeunes discutent avec eux, leur achètent quelques amuse-gueule à grignoter. Le carton bascule : des pièces roulent, les jeunes les aident à retrouver leurs pièces tombées. J’ai bien aimé l’attitude des jeunes vis-à-vis des gamins, qu’ils ne les envoient pas balader, qu’ils les aident. Peut-être eux-aussi avaient-ils connu pareille situation il n’y a pas si longtemps… 

Le manque de sommeil et les marches de la journée nous ont fatigués : dodo rapide. D’autant que demain, on se lève à l’aube : départ matinal pour Manaus. 

 

Lundi 23 

 

Au Brésil, on mange souvent au kilo. Dans le large éventail des plats proposés, on organise son repas qu’on dispose dans son assiette, on fait peser et on paie suivant le poids affiché. A l’aéroport, c’est le petit déjeuner qui est proposé au kilo : jambon, fromage, croissant, confiture… Royal ! Encore de l’eau au départ. De Brasilia, nous ne survolerons malheureusement pas toutes les innovations architecturales qui ont fait sa renommée, seulement la banlieue, énorme, avec de grandes zones de ce qui serait chez nous des lotissements très serrés et des favelas aux habitats disparates. 

Arrivée d’enfer au-dessus de Manaus. Encore que d’eau ! Mais cette fois, elle ne tombe pas du ciel, elle prend ses aises à la surface d’un sol immensément plat, elle s’étale à loisir jusqu’aux portes de la forêt. Qui laisse la place à l’autre, la forêt ou l’eau ? L’Amazone et son réseau d’affluents, vu d’en haut, c’est vraiment un monde fascinant. 

A l’aéroport, accueil chaleureux par un couple de jeunes danseurs amazoniens, musique, couleurs chaudes, sourire éclatant, gentillesse charmante. 

Dans un super hôtel du centre, Bill marchande nos chambres. L’hôtesse baisse les prix quand il lui dit que « ô pai » (le père) préfère avoir une chambre à lui… « O pai ? » Et oui, madame, on n’est pas ce que tu aurais pu penser qu’on était… De la terrasse et de nos chambres du 8ème étage, vue imprenable sur le port, le centre ville et sur l’Amazone qui s’étale en majesté sous nos yeux éblouis. Balade en ville, la cathédrale, le fameux théâtre Amazonas, qui paraîtrait déplacé dans ce coin perdu de forêt vierge si on oubliait que Manaus fut, il y a un siècle, la très riche capitale du caoutchouc. 

Le soir, poisson dans une taverne. Pendant qu’il grille, la mamie serveuse nous apporte des petits piments et un bol de sauce. Qu’en faire ? Heureusement, derrière Bill mais dans mon champ de vision, un couple d’autochtones nous donne le mode d’emploi. Je transmets à Bill : « Il émince un piment sur la soucoupe en tranches très très fines … il les écrase au couteau en ajoutant peu à peu de la sauce du bol… il trempe un bout de pain et il le déguste. » J’essaie…  Aououououhhh ! Le feu du diable dans ma bouche ! Dix minutes pour l’éteindre, à toussoter le plus discrètement possible. Je me demande si, sous cape, le voisin ne rigole pas un peu… Bon tucunaré mais je ne touche pas aux légumes crus qui l’entourent : on m’a appris que dans ces pays tropicaux, si tu ne veux pas attraper la turista, il faut s’abstenir de manger fruits et légumes non cuits… Bill, confiant dans son Brésil, déguste ! C’est l’heure de fermeture de la gargote ; un couple arrive, on le refuse. La mamie qui sert paraît épuisée. Quel âge ? Le mien ? « C’est fermé, dit-elle, grâce à Dieu ! »

 

Mardi 24 

 

Table d’abondance pour le petit déjeuner au dernier étage de l’hôtel. Au marché, abondance aussi de viandes, de légumes, de poissons et de fruits que je ne connais pas. On m’apprend le tucunaré dégusté hier et le piranha dont la réputation a largement dépassé les frontières du Brésil. Un coin est réservé aux objets artisanaux du pays, aux souvenirs ; Bill marchande, achète, se fait expliquer le fonctionnement d’appeaux spéciaux pour oiseaux. Je l’imagine à Blauvac les essayant sur sa terrasse et se trouvant petit à petit entouré d’aras bavards, de perroquets bariolés, de marouettes plombées, de tinamous vermiculés, de quiscales chopis ou de kamichis comus.  Gros orage, quel vacarme sur la tôle du toit ! Des gouttières partout, mais personne ne s’affole, on met simplement par endroit d’énormes baquets aux points de chute et on attend que ça s’arrête. Et ça s’arrête… 

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Les petits bateaux colorés à un ou deux étages de l’Amazone sont amarrés au port. Bill reconnaît celui qui l’a descendu jusqu’à Santarém. C’était il y a quatre ans. Grande animation : chargement, déchargement, embarquement. Beaucoup de badauds mais très peu de touristes. Au bout de l’embarcadère flottant, je me laisse subjuguer par les flots sans fin du fleuve roi : pas de courant visible mais une impression de masse, de force, de puissance, de sérénité, d’éternité. 

Au moment de quitter l’hôtel, Bill vient dans ma chambre m’annoncer la terrible nouvelle : il a perdu son passeport et sa carte bleue ! Il a vidé tous ses sacs, questionné les gens de l’hôtel… Rien… Au deuxième jour du voyage, c’est la catastrophe… Plein d’ennuis en perspective…  Sonnerie du téléphone… C’est la réception de l’hôtel… « Un chauffeur de taxi vient de ramener votre passeport… » Miracle ! La veille, dans le taxi qui nous avait amenés ici, il s’était échappé d’une poche de Bill. Ouf ! Oh ! la tête soulagée de Bill ! C’est juste l’heure de partir. Direction l’aéroport. Là-bas, décompression… « C’est bon, père, tu as tout ? Ton appareil photo ? -Pas de problèmes, dis-je en tapant sur ma poche dans laquelle il niche en permanence… » Non ! Pas d’appareil ! J’y crois pas ! Pfffft ! Envolé, mon Canon ! Bill bondit sur un téléphone pour tenter de joindre le taxi et lui demander si par hasard… Contact réussi… Et oui, mon Canon avait pris la place toute chaude du portefeuille… Re-ouf ! Nos imprudences ou nos négligences rattrapées par la chance ! Embarquement presque immédiat, juste après avoir admiré une dernière fois les danseurs amazoniens et lu et envoyé nos premiers mails. 

Survol magique de l’Amazone. Encore cet impressionnant réseau d’eau, rivières et lacs, parfois bordés de plages de sable clair et parsemé ça et là de quelques cahutes de pêcheurs. Et la forêt qui occupe irrémédiablement tout ce qui n’est pas du domaine liquide. 

Aux portes de l’aéroport de Santarém, une demi-heure d’attente du bus pour la ville. On n’est que tous les deux à l’ombre sous un abri, il ne se passe rien, silence, seule une voiture de temps en temps. On entend le chant des oiseaux. Quels oiseaux ? Les mêmes que chez nous ? Je ne reconnais pas… 

Santarém vers trois heures : rues étonnement désertes. Calme surprenant sur la ville… Bon sang mais c’est bien sûr, aujourd’hui, c’est Mardi-Gras, et la fête du carnaval, elle est à Alter do Chao, un petit village qu’on vient de survoler, à trente kilomètres d’ici, sur le rio Tapajós… Alors, soit le monde y est, soit il reste chez lui à paresser puisque c’est jour de congé. 

 

De la fenêtre de notre hôtel Gram Rio, vue sur l’Amazone, majestueusement large, on devine à peine l’autre rive. Terre de bout du monde, pas tout à fait comme les caps de -ou qui- « finissent terre » où on imagine le plus loin au delà des mers, mais lieu terminus, île cernée par le fleuve et par la forêt omniprésente tout autour. Les grands urubus noirs criards ajoutent une note d’étrange à la sensation d’être loin de tout. 

Sous ma fenêtre, une station de taxis. Qu’attendent-ils ? Personne dans la rue, et personne non plus qui transite sur le carrefour… 

Je reste un moment dans ma chambre pour jeter un œil sur Bayern-Réal. Mais c’est très souvent que je quitte des yeux l’écran de la télé pour me laisser glisser vers celui de la fenêtre, autrement plus attrayant. Fascinante Amazone ! Au large, on distingue parfaitement la séparation de ses eaux et de celles du rio Tapajós qui la rejoint ici, jaunes et terreuses pour l’une, plus claires et bleutées pour l’autre. Pas de montagnes. Horizons infinis. J’aime. 

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Promenade du soir sur la digue. J’allais écrire sur la digue du bord de mer tant l’Amazone apparaît comme une mer. Ce soir, des gens se promènent, comme nous, détendus. Quelques voitures passent, coffre ouvert. A l’intérieur, d’énormes haut-parleurs qui diffusent au top niveau sonore les airs préférés du propriétaire. Le Brésilien adore la musique et personne ne s’offusque de ce qu’on prendrait chez nous pour un insupportable sans-gêne. Sûr que ma voisine du dessus appellerait les flics pour faire chuter les décibels ! 

Au resto, encore un tucanaré, toujours entouré de crudités et agrémenté de manioc. A l’hôtel, chien du soir et du matin. Les nuisances canines sont internationales et ne connaissent pas de frontières. Pourtant, au Brésil, les chiens ne sont pas légion.

 

Mercredi 25 

 

Téléphone du matin vers Frédisson. Echange de bonnes nouvelles. J’apprécie encore plus mon chaud actuel quand Pascale me dit qu’au pays, on se gèle ! 

Sous mes fenêtres, le carrefour prend vie. Les rideaux des magasins se lèvent, les marchandises à vendre s’étalent sur les trottoirs, des livreurs à bicyclettes apportent aux bistrots leurs sacoches de pains et de pâtisseries du petit déjeuner. Sans crier gare arrive la pluie, immédiatement dense, mais chaude. Pas d’affolements dans la rue. On se couvre un peu et on abrite ce qui craint l’humide. Nous, parapluies, et au marché. On se mouille mais c’est sans importance : tout aura tôt fait de sécher. Attention cependant de ne pas passer sous les gargouilles des toits de toile ou carrément sous la cataracte que le marchand produit quand avec un bâton il pousse par dessous la poche d’eau qui s’est formée. On faisait ça avec l’auvent de la caravane. 

Restaurant moderne, clean, style cafétéria, mais plats brésiliens et nourriture au kilo. De quoi ai-je empli mon assiette ? Feijoda ? Riz ? Purée ? Quelle viande ? Poulet ? Bœuf ? 

Après-midi, courrier devant ma fenêtre, des urubus planent sans cesse au-dessus de la ville à la recherche de détritus à charogner. D’un vol calme et rectiligne, quelques grandes aigrettes blanches regagnent par trois ou quatre l’intérieur des terres. Un attroupement sur la jetée : un bateau de pêcheurs qui rentre ? Jappement d’un chien. Le teuf-teuf-teuf d’un moteur de bateau qui longe le bord du fleuve. Quelques bruits de la rue, une mobylette, la voix forte d’un marchand qui tente de rameuter des clients. Paix. Calme. La vie est là, douce et tranquille… 

Six heures, la nuit tombe tôt et rapidement sous les tropiques. Les magasins ferment. Une petite armée de balayeurs envahit la rue. Matériel rudimentaire mais la ville est tenue propre. Mon carrefour se calme. 

Le soir au resto, rencontre avec un homme que Bill a rencontré à l’hôtel. Il est du sud et est ici pour affaire. Il critique les gens du nord qui ne travaillent pas beaucoup, qui laissent traîner, qui sont nonchalants, qui pensent plus aux loisirs ou au farniente qu’au travail. Exactement comme chez nous entre gens du Midi et gens du Nord ; seule différence : ici, le « nord » est « en bas ». 

Le soir, à la nuit, nous restons longtemps à regarder les pêcheurs de piranhas sur la jetée. Bonne pêche, mais attention à ne pas se faire dévorer quand la prise est détachée de l’hameçon…

 

Jeudi 26 

 

Bill a loué une voiture pour rejoindre Alter do Chao. On a traversé une grande zone de forêt et imaginé, simplement du bord de la route, ce que peut être la forêt équatoriale : extrême densité, diversité, humidité… 

Au village, nuée d’Américains. Un bateau de croisière les a déposés là et ils font valser les dollars. Sans eux, nous serions pratiquement les seuls touristes. La saison est terminée et la foule du carnaval d’avant-hier a bien sûr regagné Santarém.

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Quelques aïs se laissent bercer dans les bras accueillants de filles de type indien. Heureux de vous voir, mes indolents amis, vous dont j’écris le nom au moins une fois par semaine dans mes mots croisés. De la presqu’île qui fait face au village et qu’on gagne en barque, Bill fait un plongeon dans les eaux tièdes et désertes du Rio Tapajos avant la dégustation de notre désormais quotidien tucunaré grillé sur la plage. 

Dans un magasin, je prends un sérieux coup de jeune. La vendeuse n’en revient pas que je sois « ô pai » et elle me donne de surcroît la cinquantaine ! Et pourtant, mademoiselle, ils ne sont plus très loin, les soixante-dix, et si je ne les fais pas, je les sens bien ! 

En soirée, quatre sauts de puce d’une heure pour rejoindre Recife. Jusqu’à Belém, il fait encore jour. Merveilleux, ce nouveau survol de l’Amazone ! Nous ne volons pas très haut et tour à tour rivières, lacs et forêt défilent et s’étalent sous nos yeux fascinés. La lente arrivée sur Belém mettra un terme à ces merveilles, d’une part la nuit et d’autre part, l’Amazone termine là sa lente et majestueuse progression. 

Arrivée à l’hôtel du 4 Octobre de Recife vers 10 heures. Devant l’entrée, quatre ou cinq jeunes discutent fort, le taxi verrouille ses portes. Est-elle là, la violence du Brésil ? Un gars de l’hôtel sort. On décharge sans  problème. Dans ce cas présent, inquiétude sans doute injustifiée… Mais la peur rôde. Tout ce qu’on raconte sur le Brésil serait-il   vrai ? Ou comme chez nous avant les présidentielles, surfaite, cette peur qui a tant rapporté à Le Pen.

 

Vendredi 27 

 

Balade en ville, des vieilles églises de l’époque coloniale. Beaucoup de monde dans les rues. Gros marché à Recife, dans et en dehors des halles. Plein de produits que je ne connais pas, des herbes, des épices, des fruits. 

A quelques kilomètres, Olinda. Oh ! Linda ! (Oh ! La jolie !) ont paraît-il dit les découvreurs du lieu. Repas, toujours au kilo, sous les arbres tropicaux, dans un petit parc verdoyant fort accueillant. Mais comme on est arrivés assez tard, les plats manquent d’abondance. « Les rats, dit le Bill, ils ont tout dévoré ! » Et moi, en marchant dans les rues d’Olinda, désertes sous le soleil de ce début d’après-midi, j’ai dit : « La vache, fait chaud ! » Paroles assez rares de ma part pour que Bill les remarque et les rapporte à sa sœur !

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La ville est hyper-calme : c’est l’heure de la sieste ! Maisons colorées en doux, rues décorées des restes du Carnaval de mardi. Je rase les murs pour chercher l’ombre… Bill m’offre ma première coco-gélado. Pas mauvais et ça désaltère bien ! 

Dans une cour, sur une sorte de piste, un gamin danse le frevo, la danse du lieu. On a l’impression que ses pieds ne touchent pas le sol, que son corps flotte. Incroyable de souplesse et de légèreté. Un sourire permanent de bonheur vraisembla-blement pas de façade et le petit para-pluie habituel accessoire de la danse qu’il fait tournoyer allègrement ajoutent un plus de grâce à ce moment magique. Scotchés sur le trottoir, on serait resté des heures à le regarder voleter. Mais il s’arrêta en nous faisant un petit signe de la main… Au revoir, jeune danseur de frevo, continue de te régaler à danser et de donner du bonheur aux gens… 

Au retour, à Recife, il nous a bien fallu chercher une boutique pour transférer mes photos, mes cartes déjà pleines. Je rentre seul à l’hôtel pendant que Bill attend la fin des opérations. « S’il y avait une ville où je ne pensais pas te laisser seul, c’est bien à Recife, me dira-t-il plus tard. » Pas eu peur, moi, mais alors pas du tout ! Comme un grand ! 

La gare routière est très loin de la ville. Les gares routières sont des institutions au Brésil qui ne possèdent pratiquement pas de lignes de chemin de fer et pas trop de voitures. Les transports, c’est donc le bus ou l’avion. 

Un bus nous emmènera jusqu’à Caruaru, une grosse ville campagnarde de l’intérieur. Lavilliers y passa, qui n’en dit pas trop de bien. « Ceux qui te vendent du soleil à tempérament -les cocotiers, les palaces et le sable blanc- ne viendront jamais ici. » Mais aussi, que venait-il chercher là ? Pas la vie de la grande ville, pas tout à fait le Sertão… On loge au même hôtel que lui mais depuis, on a changé son nom. On comprend les patrons s’ils parlent le français de Lavilliers : « Suite princière, vue sur les chiottes… » C’est faux, d’ailleurs, bel hôtel, plein centre, propre sur lui… 

Internet nous apprend que le match de Besançon est reporté pour cause de neige et de gel à Saint-Étienne. J’en apprécie encore plus ma chaleur brésilienne. 

 

Samedi 28 

 

On était venu à Caruaru pour le marché du samedi. Super : Yssingeaux il y a 50 ans. Plein d’étals, organisés ou pas, comme ces ventes de courges ou de noix de coco à même le sol. Sous la halle, un coin des viandes spectaculaire qui donne envie de déguster quelques larges côtes de bœuf saignantes. Plus loin, le coin artisanat dont Bill ramènera deux superbes chapeaux de cuir, un pour lui et un pour Matilin. 

Bus jusqu’à Maceió. Campagne brésilienne verte et vallonnée. On pourrait se croire dans notre campagne à nous s’il n’y avait pas partout ces cocotiers qui élancent haut leurs palmes dans le ciel. Dans un village, deux jeunes montent et assurent le spectacle jusqu’au terminus. Sans arrêt à se questionner, à s’interpeller d’un coin du car à l’autre. Tout le monde profite de leur conversation. Sauf moi qui n’y comprends rien mais qui saisis cependant aux intonations que ce ne doit pas être triste. 

A Maceió, repas sur la « Croisette ». Maceió, c’est Cannes en plus simple, une très longue plage, avec ses jardins, sa promenade du bord de mer et ses grands cocotiers. Douceur de la nuit, je pense à Saint-Etienne transi.

 

Dimanche 29 

 

Promenade loin sur la plage. Bill prend soin de son vieux père : on revient chez nous en taxi. Juste pour assister à une démonstration de capoeira. Petit cours sur la capoeira : 

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La capoeira remonte au début du siècle dernier, sa rythmique et ses techniques de feintes sont empruntées aux peuples africains d’Angola. La possession d’armes et les entraînements martiaux leur étant interdits par leurs maîtres, les esclaves ont inventé la capoeira, s’inspirant de leurs danses africaines traditionnelles pour développer ce style de combat. C’était un moyen pour eux de résister à la violence quotidienne qui régnait dans les plantations. Cet art martial déguisé en danse contient toute l’âme du Brésil. 

 

Un jour, on demanda à Pastinha ce qu’est la capoeira, et lui, le vieux maître respecté demeura silencieux un moment, regarda au plus profond de son âme, et répondit tranquillement, sous forme de chanson. La capoeira est un jeu, un jouet, c’est respecter ta peur, bien doser ton courage. C’est le vent dans la voile, un gémissement dans la Senzala (une musique de la capoeira), un corps qui tremble, un berimbau (instrument de musique à une corde qui accompagne la capoeira) bien joué, l’éclat de rire d’un enfant, le vol d’un oiseau, l’attaque du serpent corail, le goût du danger dans la gorge, c’est rire devant l’ennemi, en agitant la main, c’est l’écho du cri de Zumbi dans les quilombos (Zumbi dos Palmares représente LE symbole de résistance du peuple noir au Brésil. Il est né libre en 1655. Il était chef d’armée du plus grand quilombo, une communauté d’esclaves), c’est se relever de sa chute, avant de toucher le sol, c’est la haine et l’espérance, le coup porté au visage qui blesse le cœur, c’est aussi relever un défi, avec la volonté de combattre, c’est un petit bateau abandonné sur les vagues de la mer, un petit bateau en pèlerinage abandonné à la dérive, sans but… 

 

Merveilleux moment de convivialité, les capoeristes et les musiciens s’interchangeant au gré des différentes phases de la danse (ou du combat) ou allant inviter des copains ou copines qu’ils reconnaissent dans l’assistance. 

Au tour de Bill d’avoir sa carte de photos pleine. On lui avait dit que la boutique ouvrait ce matin à dix heures. Mais il fallut bien attendre midi pour que la bobinette ne cherre… Au Brésil, c’est cool, et souvent les heures données sont approximatives. Ta  bom !!!!! -c’est bon !!!!!- dit-on avec le sourire et le pouce levé. 

L’après-midi, la plage de l’autre côté. Arrêt bière dans un bar en plein air. On y danse comme dans une guinguette. On y boit aussi et je ne sais pas si c’est le dimanche qui le veut, mais un ou deux gars sont déjà très en forme ! Deux gamins assez loqueteux passent en quêtant. L’un a un pansement au bras. Vrai ou pour apitoyer d’éventuels donneurs ? Je ne sais mais la pauvreté et la misère sont toujours là, bien présentes.

Saint-Etienne-la-Cigogne (72)

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Au premier passage dans le village, j’ai bien vu qu’il regardait avec insistance la plaque de notre voiture. Au retour, ce fut encore plus net, et, dans le rétroviseur, je vis qu’il me faisait signe. Stop.

« Des 42, on n’en voit pas souvent dans le village…

-On se promène… On est de Saint-Etienne, vous connaissez ? -J’y ai vécu bien longtemps. A la Marandinière.-Ça alors, c’est aussi notre quartier !

-Allez, vous avez bien cinq minutes, venez boire un petit pineau à la maison, on en parlera… » 

Cet homme avait donc passé une grande partie de sa vie à cent mètres de chez nous. Et si, à l’époque, nos écoles avaient été mixtes, j’aurais pu avoir ses filles dans ma classe. Retraité, il est revenu s’installer au pays natal, quittant un Saint-Etienne pour son Saint-Etienne. C’est lui qui nous apprit qu’à la Cigogne, village frère de l’autre côté de la Nationale, était autrefois un puits à balancier, à cigogne, qui donna son nom au village. Devant le petit verre qu’on déguste à lentes gorgées, conversation à bâtons rompus sur sa vie paisible de retraité dans le plat pays niortais, non loin de l’océan qu’il fréquente à vrai dire assez peu, et sur notre longue quête des Saint-Etienne.

Ainsi, quelques brèves rencontres insolites marquent les étapes d’un voyage.15selacigogne2.jpg

La Chapelle-Saint-Etienne (72)

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Dans la cour ouverte sur la rue de la petite école du village, des cris et des ris. La maîtresse fait découvrir à ses élèves les joies de la thèque, vieux jeu auquel je jouais enfant. Bien plus tard, je l’avais aussi appris à mes élèves. Dans notre gymnase, les parties endiablées et qu’on aurait voulues sans fin… Les courses, les encouragements plus que bruyants, les explosions de joie, les déceptions des perdants aussi… Souvenirs… 

Ne restent surtout que les bons, et ils sont légions ! ma mémoire doit être sélective ! J’apprécie ma chance d’avoir pu vivre une bonne trentaine d’années en faisant le métier que j’aimais. On me dit que maintenant il devient difficile, de plus en plus pénible, de moins en moins agréable. Possible et fort probable, surtout en ville, mais je ne veux pas trop y croire et je suis sûr que, comme dit le poète, si c’était à refaire, je referais ce chemin. 

 

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Enfance 

Grand-mère, au soir, criait les poules blanches, 

Et une rousse qu’un soir le renard saignera. 

Illuminées, elles couraient par les labours, 

Dans le vitrail d’un mauve immense, 

Avec des mouches en flocons, des vêpres, des mésanges. 

 

La maison s’embuait du songe des lessives. 

Je dis le feu, le rouge des pavés, 

Le placard où l’on tient l’eau-de-vie de lavande, 

Le lys confit, l’âme du pain. 

 

Jean Joubert 

Saint-Etienne-de-Brillouet ( 85)

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Attention ! Espèce en voie de disparition ! 

Ici, ces maisons des générations passées vivent encore. Et bien ! Mais, dans nos campagnes, combien tombent en ruines et meurent, faute de soins ? Il faudrait s’acharner à les entretenir, à les conserver vivantes comme bien précieux et témoignage inestimable du passage de nos anciens. Sinon, plus jamais, plus jamais, nous n’en reverrons de semblables.

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Qui, demain, aura patience et longueur de temps pour rassembler, amasser, transporter, empiler ces galettes de pierres ocrées aux tons si doux ? Qui rebâtira une ferme en basalte de nos volcans d’Auvergne, une maison en tuffeau de Touraine ou d’Anjou, une autre à colombages normands ? Qui, dans notre plaine du Forez, remoulera des murs en pisé ?

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Trois fontaines de pierre disent le temps de grande paix 

L’une sous les platanes pleins d’étoiles 

Une autre sur la place aux cailloux ronds 

Et celle plus limpide au crépuscule près de l’ormeau sans âge 

De leur bec de bronze noir coule l’enfance sans fatigue. 

 

Claire Laffay 

 

Saint-Etienne-du-Bois (85)

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Dans le vieux parc solitaire et glacé 

Deux formes ont tout à l’heure passé. 

 

Paul Verlaine

 

 

Saint-Etienne-de-Mer-Morte (44)

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La légende affirme que Saint-Etienne-de-Mer-Morte, pourtant à une vingtaine de kilomètres des côtes, a jadis été un port… 

 

 Sur une plaque de fonte scellée sur le mur de l’ancien clocher de l’église, on peut lire : 

  »Gilles de Raiz Maréchal de France, pénétra en cette église le jour de la Pentecôte 1440 en armes à la tête de ses routiers pendant la Grand’Messe. 

Il s’emparait de Jean le Ferron, clerc tonsuré, qu’il enfermait en sa forteresse toute proche. 

Jean de Mailestroit Evêque de Nantes le citait à comparaître devant son official par mandement du 13 septembre. 

Jean V Duc de Bretagne faisait arrêter Gilles dès le lendemain. Il avouait ses crimes. Jugé, condamné, il fut mis au gibet en Prairie de Biesse à Nantes le 26 octobre 1440. » 

 

Petite contradiction avec l’histoire de Gilles de Rais racontée par ailleurs; là-haut, il est « mis au gibet », là, il est « condamné au bûcher ». Le Larousse, lui, ne se compromet pas, Gilles de Rais est exécuté ! 

Un troisième ouvrage consulté met tout le monde d’accord : « Condamné à mourir pendu avant d’être brûlé (à cause de son haut rang), il obtient que son corps, par suite de son repentir, ne soit pas entièrement soumis aux flammes. » 

Saint-Etienne-de-Montluc (44)

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On m’a dit que c’est sans doute aux Celtes que Saint-Etienne doit son nom de Montluc. Selon certains érudits, Montluc dériverait de Monte Lucis, le Mont de la Lumière, cette lumière venant soit de la luminosité des buttes du Sillon de Bretagne, soit des feux qu’on y allumait. Selon d’autres, de Monte Luci, le Mont du Bois Sacré et rappellerait alors le lieu de culte druidique des ancêtres de Saint-Etienne.

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