Le goûter

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Enfant, les jeudis après-midi, il rendait souvent visite à sa tante. Tout joyeux, c’est au sprint qu’il escaladait la longue et raide montée d’escaliers marquant l’arrivée prochaine. 

« Tu veux goûter, dirait-elle bientôt ? » 

Il savait qu’elle sortirait du vieux buffet sculpté de sa grand-mère le grand bol ancien à fleurs bleues et qu’elle y verserait le cacao qu’elle avait tenu au chaud sur le coin du fourneau. 

Elle irait ensuite chercher le « gros pain » dans lequel elle découperait de larges tranches à la mie moelleuse qu’elle tartinerait du beurre rapporté le dimanche précédent de la campagne. 

Elle sortirait enfin de sa boîte la tablette de chocolat dont elle raclerait au couteau des copeaux  qui s’éparpilleraient sur la tartine, suprême délice…


Archive pour mars, 2007

Le soleil de la journée

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Il y a des filles, se dit-il, simplement croiser leur chemin, c’est comme avaler une gélule de bonheur. Parce qu’elles sourient ? Même pas… C’est tout leur visage qui est sourire, et même leur corps, parfois… On continue sa route avec en tête cette image enchanteresse qui va nous accompagner un bon bout de temps. Ainsi, cette fille qu’il vient de croiser en montant. Il ne sait déjà plus si elle a les yeux bleus, noisette, verts ou noirs, si deux fossettes coquines creusent ses joues, si elle est brune ou châtain. Ne reste que le souvenir du moment de bonheur qu’elle lui a offert, sans même le savoir. Il aurait dû lui dire merci de tant lui donner : 

« Mademoiselle, excusez-moi de vous interpeller, mais il faut que je vous le dise : vous êtes si gracieuse que vous croiser apporte un rayon de soleil dans la journée… » Aurait-elle été étonnée, flattée ? Aurait-elle souri ? Vite, il se serait éloigné, ayant trop peur qu’elle le prenne pour un vieux satyre tentant de la séduire !

Premier rendez-vous

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Quand le Directeur est venu présenter à la classe cette nouvelle élève de CM2, ce fut pour lui un éblouissement. Dès cet instant, Il sut que si elle le voulait bien, ils dépasseraient le stade de copains de classe. Plus tard, elle avait répondu à ses sourires, puis à ses paroles, et ils s’étaient souvent retrouvés ensemble dans la cour ou dans les groupes de travail, attirant même les remarques ironiques des copains. 

Aujourd’hui, leur complicité prend un autre tour. Tout à l’heure, en sortant de l’école, il s’est enhardi jusqu’à lui proposer ce rendez-vous. Elle n’a pas paru très surprise, lui offrant son plus beau sourire et lui promettant qu’elle ferait son possible pour le rejoindre. Il n’en a parlé à aucun de ses copains. Viendra-t-elle ? 

Assis sur une marche. Il joue avec deux petits cailloux, tentant, en lançant l’un, d’atteindre l’autre. 

Là-haut, tout en haut des marches, une robe volette. Son cœur chavire…

Dix ans…

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Quand elle fut en haut des marches, elle se retourna et nous contempla, semblant nous dire : « Regardez-moi, regardez-moi ! » 

Elle leva lentement les bras, les tenant tendus au-dessus de sa tête, puis elle les rabaissa le long de son corps. Elle recommença une fois, deux fois, trois fois, de plus en plus vite. On aurait dit qu’elle battait des ailes, qu’elle tentait de s’envoler… 

Au bout de cinq ou six battements, prodige, elle décolla ! 

On la vit passer au-dessus de nous, assez haut déjà, émerveillée, sourire… 

Bizarrement, on n’était ni étonnés ni inquiets, c’était si naturel ! On venait juste de célébrer ses dix ans : la fête continuait. 

 

Plus tard, quand elle nous eut rejoints, plein d’étoiles brillaient dans ses yeux. 

On se demanda si ce soir, il n’en manquerait pas quelques-unes, là-haut…

Troisième âge paisible

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Ce petit square tranquille, c’est un peu leur jardin. Par beau temps, ils s’y rendent en milieu d’après-midi. A cette heure-là, ils apprécient son calme. Leur seul problème, c’est de monter et descendre les quelques marches pour l’atteindre : leurs vieilles jambes usées ne sont plus très solides.

Avant de retrouver leur banc, ils ont eu le temps de faire une petite sieste et de marcher un peu dans le quartier. Silencieux et discrets, ils se laissent alors attendrir par les tout-petits jouant sous l’œil attentif et caressant de leurs mères. Plus tard, au sortir de l’école voisine, des plus grands traversent le square en discutant ou restent à s’ébattre un moment. Si leurs jeux ne sont pas trop bruyants, ils aiment aussi les regarder jouer.

Et puis, à pas lents et se tenant par le bras, ils regagnent paisiblement le HLM voisin qu’ils habitent depuis plus de trente ans.

La biche à lait

La biche, c’est le récipient en fer blanc ou en aluminium utilisé pour le transport du lait. Les plus grandes, vingt litres au moins, qui avaient deux poignées sur les côtés, étaient utilisées par les paysans pour stocker leur production et par les épiciers et crémiers pour la revendre. Nous, on se servait d’une biche beaucoup plus petite, d’un litre ou deux, qu’on portait à bout de main, en la tenant par son anse comme un sac ou un panier. 

 

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Quand j’étais enfant, le lait en pack ou en bouteille tout prêt n’existait pas, les premiers berlingots en carton sont arrivés beaucoup plus tard. On allait donc chercher le lait à l’épicerie dans la biche. Pendant et un peu après la guerre, il fallait toujours se servir dans le même magasin, sans doute à cause des tickets de rationnement. Je ne sais pas pourquoi notre mère avait choisi celui de la mère Lardon, quasi aux Cinq Chemins, bien loin de chez nous… Question de sympathie, sans doute. Et aussi de réputation, car il se disait qu’untel ne donnait pas la dose complète ou qu’un autre faisait payer plus cher. Toujours est-il que sur le parcours, on longeait quatre ou cinq autres épiceries, mais il fallait encore marcher pour arriver à la nôtre ! La mère Lardon nous connaissait.

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Avec ses mesures en fer blanc, elle transvasait en un tournemain notre juste dose de lait de sa grande biche dans notre petite. 

A Saint-Marcellin, le soir, c’est dans la biche qu’on ramenait à la maison un peu du lait bourru encore tout chaud des deux ou trois vaches de la mémé. 

Et des années plus tard, dans les premiers temps de Chenebeyres, les enfants du village, y compris donc Dominique et Pascale, allaient le soir en bande chercher dans la biche le lait pour le déjeuner du lendemain. 

Ecolière en détresse

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Difficile pour elle de rentrer à la maison. La maîtresse a donné les cahiers de contrôle à montrer aux parents et son mauvais résultat en orthographe la tourmente. Pourquoi n’arrive-t-elle pas à gagner une bonne note ? Elle fait pourtant de son mieux : elle est attentive en classe, elle apprend ses leçons, elle copie de nombreuses fois les mots difficiles. Et même les autres. Mais le jour du contrôle, elle plonge dans l’erreur et se noie ! Va-t-on la gronder, la punir ? 

Pour l’heure, elle cherche à retarder l’instant de se trouver face à ses parents. Elle s’assied un moment sur la trente-troisième marche, celle qui d’habitude lui porte chance… 

Papa et Maman comprendront-ils sa détresse ?

Plus tard…

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Depuis le temps qu’il la monte et qu’il la descend, cette volée d’escaliers, il la connaît par cœur ! L’école, les commissions, rejoindre les copains… 

Assis sur l’une des marches du haut, il rêve à d’autres montées. Par exemple à celle, monumentale, d’Odessa qu’il vient de voir à la télé dans un extrait du Cuirassé Potemkine. Ou à celle de la Gare Saint-Charles à Marseille. C’est son père qui lui racontait : il descendait les marches bien triste et tout mou après une nuit de train quand il rejoignait sa caserne du service militaire, mais c’est le cœur en fête qu’il les grimpait quatre à quatre pour ne pas rater le bon wagon de la permission. Ou encore celle fleurie de la Trinité des Monts à Rome qu’il vient d’admirer sur une publicité de voyage et qui l’a fait rêver. Il supporterait bien un sermon du dimanche matin dans l’église, tout là-haut, même en italien, en échange du bonheur de gravir les marches auparavant. 

Il se fait la promesse que plus tard, quand il aura des sous…

Une sieste méritée

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Ce que je préfère par-dessus tout, c’est aller m’allonger au soleil sur les tuiles chaudes de la petite cabane au fond de la cour du voisin. Mais voilà, faut y arriver ! Si ce gros balourd de bouledogue, le chien du propriétaire des lieux, me voit passer, adieu ma divine sieste ! Au contraire, il me faudra cavaler pour ne pas me faire dévorer. Et ça, courir après un bon repas, j’ai horreur ! Alors, il faut ruser. Je monte lentement les escaliers, passant ingénument devant le portillon. L’autre, derrière sa grille, jappe à qui mieux mieux. Et quand il retourne vers sa niche, hop, d’un bond de félin que je suis, je passe à travers les barreaux et je vais me planquer derrière le tonneau qui recueille l’eau de pluie. Je n’ai plus qu’à attendre que le gendarme soit entré dans sa niche pour faire sa sieste, car lui aussi en fait une, pour sauter sans bruit, pattes de velours, sur la terrasse de mes rêves… 

Ah ! Etre chat n’est pas facile quand rôde près de soi un méchant gorille ! On parle souvent d’une vie de chien, mais une vie de chat, pas du gâteau non plus !

Lâcher de pommes de terre

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Presque midi, il va redescendre de son jardin après une matinée à ranger sa récolte de pommes de terre dans des cagettes. Avant de partir, il s’est posté un moment sur le haut du terrain, près de sa cabane, heureux d’être là, à regarder la ville à ses pieds et les montagnettes de son pays, celles du soir et celles du matin, plus lointaines, bleuâtres, ouatées. Une des cagettes, bien pleine, dans les bras, il a attaqué avec beaucoup d’attention les premières marches de la descente. Attention à la huitième, plus haute que les autres, qui risquerait de le faire trébucher. C’est bon. 

Mais soudain, crac ! le fond de la cagette a lâché ! Il sent glisser toutes ses pommes de terre le long de son ventre et de ses jambes. Il les voit rouler et rebondir sur les marches et s’éparpiller alentour… « M… ! » crie-t-il. Ce qui a seulement pour effet de rameuter ses copains jardiniers…  Les voilà tous qui arrivent… Pour l’aider, certes, mais avec eux tout un cortège de réflexions ironiques, de mots pour rire… Lui seul ne rit pas… On en reparlera encore dans dix ans, des pommes de terre qui truffaient l’escalier !

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